Première année du pontificat de Léon XIV : la paix au cœur de la mission

Le Pape Léon XIV.


Le 8 mai dernier, Léon XIV a célébré sa première année de pontificat. Depuis son élection, le 267e successeur de Pierre s’est imposé comme un pape pacifique, discret et soucieux de maintenir la synodalité entre les différents évêques de l’Église.


Au terme d’un bref conclave, Robert Francis Prévost devenu Léon XIV nous apparaît à la Loggia vêtu de la mozette rouge. Un geste qui tranche avec la simplicité de son prédécesseur et qui renvoie, implicitement, à l’héritage papal. Un timide sourire aux lèvres et les larmes aux yeux, c’est avec une émotion contenue que le premier pape originaire des États-Unis se présente au monde. Son premier discours, prononcé en espagnol, en italien et en latin, insiste sur la paix qu’il veut apporter à tous les catholiques. Loin d’être anecdotique, la paix « désarmée et désarmante » s’apprête à devenir le cœur de son pontificat.

« Que la paix soit avec vous tous ! »

Dans son acception biblique, la paix, du grec ancien ειρηνικος, est le symbole de l’harmonie assurée par le salut du Christ. Elle fait état du processus de cheminement de l’âme vers son élévation. Aussi, ne faut-il pas occulter le sens originel de la paix pour saisir la pleine essence de la pensée de Léon XIV. Lorsque celui-ci, dans son discours des Rameaux, en date du 29 mars dernier, voit en Jésus « le Roi de la Paix », il évoque sa propension à réconcilier et à convertir un peuple hostile. Cet écho direct à la conclusion de son discours inaugural, « que la paix soit avec vous tous » n’est pas hasardeux. Dans le contexte géopolitique actuel, refuser la violence facile au profit de la douceur de la paix illustre le positionnement pacifique du pontife. Quand, au terme de son homélie, Léon XIV implore de rendre les armes, il entend rappeler à l’ensemble de ses fidèles que la fraternité n'est autre que la substantifique moelle de la foi. Et pour cause, Jésus refuse de se défendre, au contraire, il « manifeste le doux visage de Dieu, qui refuse toujours la violence, et au lieu de se sauver lui-même, Il s’est laissé clouer à la croix, pour embrasser toutes les croix plantées à toutes les époques et en tous lieux dans l’histoire de l’humanité (…) il n’a pas pris les armes, il ne s’est pas défendu, il n’a mené aucune guerre ». Ce plein refus de la guerre s’inscrit dans la continuité de François tout en s’affirmant davantage. Moins d’un mois après son élection, Léon XIV s’adresse déjà au président russe Vladimir Poutine via un appel téléphonique. Le pontife lui demande un geste en faveur de la paix. Il en profite également pour l’alerter sur la situation humanitaire en Ukraine et lui rappeler que la guerre est contraire aux valeurs chrétiennes.

Dilexi te, ou l’amour envers les pauvres

Cinq mois seulement après son élection, Léon XIV met d’ores et déjà en pratique sa position en signant « dilexi te », sa première exhortation apostolique. Cette dernière, amorcée par François, reprend des problématiques majeures du pontificat de son prédécesseur, tout en esquissant ses propres prises de position. Dans la lignée de Jean XXIII (« Mater et Magistra ») et de Jean-Paul II qui a offert au monde la vision d’un pape proche de ses fidèles, cette encyclique place les plus démunis au centre de sa pensée. Elle propose également une réflexion pertinente sur des thèmes sociétaux actuels tels que les violences faites aux femmes ou encore la migration, tout en érigeant la paix au centre de sa pensée.

Léon XIV achève donc la rédaction de l’exhortation apostolique de François tout en y incorporant des sujet qui le touchent particulièrement. Il s’inscrit donc comme le pape de la continuité tout en ne se laissant pas effacer par le charisme et la singularité de son prédécesseur. Pape jeune - il est élu à soixante-neuf ans - Léon XIV est au fait des problématiques qui importent ses fidèles comme l’émergence de l’IA ou encore la prolifération de différents conflits mondiaux. Si François a ouvert la voie en érigeant l’écologie ou encore la migration au cœur de son pontificat, c’est à son successeur de mettre en pratique les pistes esquissées. Léon XIV, durant cette première année de règne, nous a prouvé qu’il en est fort capable. Sa propre encyclique « Magnifica humanitas » portant principalement sur l’utilisation de l’intelligence artificielle paraitra le 28 mai prochain. Nous sommes impatients de découvrir le point de vue du Souverain pontife, même si, au regard de sa recommandation à l’attention des prêtres de ne pas s’en servir pour la rédaction de leurs homélies, nous avons un aperçu de son opinion en la matière.

Un pape en mouvement

Nous le savons, Léon XIV est un « augustinien » diplômé en droit canonique, en langues et en mathématiques tout en possédant une forte expérience de terrain. Missionnaire au Pérou durant plus de vingt ans, curé au sein du diocèse de Chicago au début des années 2000, le successeur de François allie le savoir théorique à une connaissance approfondie de la vie pastorale. Afin de promouvoir la paix, Léon XIV a rencontré les représentants du Hezbollah, il a reçu les dirigeants de la Palestine et d’Israël, Abbas et Herzog. À de nombreuses reprises, il a appelé au « cessez-le-feu » à Gaza tout en continuant à œuvrer pour la reprise des dialogues entre l’Ukraine et la Russie. Au lendemain de l’attaque des États-Unis contre l’Iran, le positionnement de Léon XIV prend un nouveau tournant. En demandant expressément à ses compatriotes de « chercher comment communiquer avec les “membres du Congrès”, avec les autorités » tout en affirmant que ce que veulent les catholiques c’est un retour à l’ordre : « Nous ne voulons pas la guerre, nous voulons la paix !». Une initiative sans précédent qui déclenchera les foudres de Donald Trump contre le Souverain pontife. Alors que le président américain n’a jamais dissimulé sa fierté de voir un Américain élu à la tête de l’Église, sa réaction est sans appel. Donald Trump critique violemment Léon XIV ce qui engendre différents clivages au sein de l’Église étasunienne. L’archevêque de New-York, Mgr Ronald Hycks, n’a pas hésité à remettre en question la politique trumpiste. De nombreux évêques américains ne tarderont pas à lui emboîter le pas. Face à la remontrance de Donald Trump, Léon XIV se montrera pacifique, rappelant que le but de sa mission est de propager l’Évangile et non pas de se positionner en tant que « politicien ». Un franc-parler qui détonne avec le caractère discret du successeur de François mais qui témoigne d’une grande sagesse, fruit probable de son expérience plurielle.

Dernier appel avant le schisme

Au cours de cette première année de règne, Léon XIV s’est progressivement affirmé comme un pape prompt à faire entendre sa voix. S’il n’a pas hésité à se positionner quant au conflit Israélo-palestinien, il s’est également rendu en Algérie, prouvant ainsi que le sort des chrétiens d’Orient constitue un souci majeur de son pontificat. C’est cependant sur la question de la mouvance traditionnaliste qu’il se montre le plus inflexible. Alors que la Fraternité Saint Pie X prend de l’ampleur en Europe, notamment via sa banalisation intensive sur les différents médias sociaux, celle-ci programme l’ordination de nouveaux évêques pour l’été 2026. Léon XIV est clair. Si la mouvance passe à l’acte en se substituant à un rôle qui incombe au Souverain pontife, ceux-ci encourent l’excommunication. Tandis que de nombreux prêtres médiatiques français, notamment Pierre Amar ( fondateur du Padre Blog, aumônier national) tendent à normaliser l’extrémisme de la Fraternité, le positionnement du pape est primordial afin d’assurer le bon fonctionnement de l’Église. Le risque d’un schisme se fait plus que jamais latent alors que s’accroît l’agressivité de l’offensive intégriste. Afin de lutter contre ce fléau, il serait salutaire que curés, diacres, vicaires et autres pasteurs du quotidien entament des campagnes de prévention. Ce serait toutefois prendre le risque de politiser davantage la pratique religieuse. Or, en ces temps troublés où, dans de nombreux pays membres de l’UE, les différents extrêmes se bousculent aux portes du pouvoir, la quête de la paix doit prévaloir.

Il n’est pas aisé de résumer une année de règne en quelques lignes, d’autant plus lorsque celui-ci s’inscrit comme la promesse d’un pontificat exceptionnel. Âgé de seulement soixante-dix ans, Léon XIV sait qu’à l’instar de Jean-Paul II, il est promis à s’inscrire pour longtemps dans le cœur de ses fidèles. Sa volonté de « laisser la paix régner » ( Colossiens 3 :10 ) en invitant l’ensemble des corps de l’Église à s’unir s’inscrit comme une volonté de fédérer, en témoigne sa devise « in illo uno unum » ( littéralement : « en celui qui est un, nous sommes un »). Bien sûr, Léon XIV aura de nombreux défis à relever mais, au regard de son érudition et de son expérience, il va sans dire qu’il saura trouver les clés pour devenir le pape aimé de tous les catholiques.

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