L’insécurité en France, réalité ou illusion ?

Image d'illustration (Wikimedia).

Par Valentin Petite – Étudiant à Sciences Po Paris.

Il n’y a pas d’institut de sondage qui ne réalise régulièrement une étude sur le sentiment d’insécurité dans notre pays. Une fois les données compilées apparaissent les terribles statistiques, objet de nombreux débats sur les plateaux de télévision : l’insécurité progresse ! les Français ont peur ! qu’attendent donc nos hommes et femmes politiques pour répondre à l’angoisse de leur peuple ?

Inutile de s’intéresser, ici, aux politiques publiques qui pourraient être mises en place pour éradiquer ce sentiment ; chaque parti propose ses solutions, plus ou moins viables. Quant à nous, suivant l’adage « mieux vaut prévenir que guérir », étudions ensemble les origines de ce malaise de plus en plus prégnant.

La première hypothèse – la plus évidente – est celle de la constatation statistique : si les Français partagent de plus en plus ce sentiment d’insécurité, c’est que le nombre d’infractions augmente. Il faut ici apporter une réponse nuancée. Certes, le taux d’homicides croît constamment depuis dix ans ; mais il est bien plus bas que le pic enregistré au milieu des années 1990, alors l’insécurité n’était pas un sujet de premier plan. On enregistre même une légère baisse des vols depuis dix ans. On peut donc conclure qu’il n’y a donc pas de corrélation entre la statistique ministérielle et la perception de l’insécurité.

En réalité, cette perception varie selon un paramètre qui n’est pas ou peu pris en compte par les services statistiques. Les infractions sont moins nombreuses, mais plus médiatisées. Les journaux télévisés consacrent une part de plus en plus importante aux faits divers. Meurtres, enlèvements et cambriolages sont régulièrement l’objet de l’ouverture du « 20 heures », accompagnés de formules choc en lettres capitales : « scandale », « stupeur », « indignation »… Ce choix s’explique par la volonté d’attirer l’attention du téléspectateur, afin qu’il suive l’émission le plus longtemps possible. En d’autres termes, il s’agit pour les chaînes de télévision – en particulier les deux premières, qui se livrent une lutte acharnée – d’augmenter leurs audiences. La visibilité des faits divers est accrue par le fonctionnement des chaînes d’information en continu – qui reproduisent sans cesse les mêmes débats et diffusent les mêmes images – et les émissions de « prime time » spécialisées dans les enquêtes. Pour les plus jeunes d’entre nous, les vidéos courtes suscitant le plus de réactions sont mises en avant par les algorithmes, et, au détour d’un scroll, elles ont de fortes chances d’arriver dans notre feed.

Corollaire de cette surexposition médiatique : la violence paraît omniprésente, alors que les cas évoqués sont majoritairement isolés et non représentatifs d’une tendance générale. Nous faisons face au biais de disponibilité. En quelques mots, il s’agit d’un phénomène psychologique où le cerveau, sans chercher d’éléments objectifs, prend un « raccourci » en utilisant les informations facilement mémorisées pour juger une situation. Ajoutons que la forte charge émotionnelle des faits divers facilite leur rappel.

Un tel constat signifie-t-il que le sentiment d’insécurité est une création artificielle résultant d’un sophisme médiatique ? Cela serait réducteur. Il est des espaces où la sécurité est objectivement inexistante : un cas d’école est le quartier Pissevin, à Nîmes, presque entièrement contrôlé par des individus usant excessivement des armes à feu afin d’installer la terreur parmi la population et de sécuriser leur modèle économique lié au trafic de drogues. Il s’agit encore une fois d’une minorité statistique, mais notre République doit remédier à ce problème de plus en plus visible.

Face à un tel danger, gageons que les candidats à la magistrature suprême proposeront une véritable stratégie de long terme pour éradiquer l’insécurité là où elle existe vraiment. Ils nous épargneront ainsi les longs formats journalistiques aux côtés de gardiens de la paix engagés dans des opérations de riposte dont l’incohérence stratégique est flagrante.

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