Charybde et Scylla

Image d'illustration, par François Guery. DR.


Trump est la cible et l’ennemi des wokes, la gauche radicale, qui a déjà tenté de l’empêcher de nuire, a élu Biden selon lui « à sa place », qui a déclenché le « black lives matter » contre lui et son camp.

Trump représente une moitié des américains, la moitié qui résiste à l’antiracisme en faveur des noirs, à l’incroyance, à l’anti-impérialisme et au décolonialisme. Il défend tout ce qu’ils attaquent.

Ses alliés de par le monde ont le même problème, ils affrontent les mêmes adversaires, soit puissants, soit menaçants, donc : Poutine qui résiste à la menace européenne, c’est à dire cette tentation de devenir européen qui fait résister l’Ukraine, et aussi bien des Russes. Li Yinping, partagé entre la préservation du pouvoir du Parti unique et la volonté de développement capitalistique, avec le libéralisme qui le permet. Le régime iranien, menacé par des révoltes de masse contre sa tyrannie sanglante, révolte d’élites aspirant aux libertés démocratiques empêchées par la maffia théocratique. Netanyahou, parce que les Palestiniens, sous dictature du Hamas, sont défendus contre toute évidence par les gauches de tous pays où l’opposition est libre.

Trump doit donc ménager et aider ces alliés de fait, renonçant aux anciens clivages datant de la guerre froide, il doit aussi composer avec des alliés qui s’opposent entre eux, comme Israël et Poutine et éminemment, Israël et l’Iran.

Ses « alliés » européens de l’OTAN sont plutôt dans le camp adverse, puisqu’ils hébergent des wokes, abritent des immigrés non blancs (rebaptisés « racisés » par la gauche radicale) et tolèrent largement l’opposition systématique à l’esprit européen lui-même, rejeté et condamné pour son passé colonial (le passé colonial arabe n’est pas retenu).

Il est ainsi rendu visible que comme l’affirme Luc Ferry, il y a une cohérence totale et aussi poussée que possible dans les actions de Trump. Comme il lui faut masquer la radicalité de ses alliances insolites, y compris vis à vis des républicains traditionnels de son propre camp, il ruse savamment et parvient à désorienter tout le monde. Son verbiage compulsif dans les media, comme s’il était encore animateur de télé-réalité, sert surtout à créer un nuage trouble autour de sa réelle stratégie. Son affairisme réel double chaque entreprise et crée l’illusion qu’il ne serait qu’intéressé. Son implication dans les dossiers Epstein montre ou suggère une personnalité perverse, dissimulée, transgressive.

Son action conjointe en relation avec les buts de ses alliés de fait l’oblige à agir obliquement. Lorsque le régime ultra réactionnaire des mollahs iraniens a un problème avec la foule des manifestants en colère, il promet à ceux-ci une intervention qui n’a pas lieu, puis, laisse ces alliés de fait commettre des crimes de masse sur la jeunesse révoltée, en analogie avec ses propres problèmes d’impopularité avec sa jeunesse à lui. Il accompagne ensuite ses autres alliés israéliens dans une intervention qui n’a pas pour but, pour lui, de liquider ce régime de mollahs, mais de retarder leur accession à la bombe atomique. Une fois le détroit d’Ormuz sous le contrôle de ces derniers, il tâche de participer au péage, et les laisse donc se financer sur le long terme, loin de chercher à les fragiliser.

Il en va de même avec son allié Poutine, qui se dit menacé d’européanisation du côté de l’OTAN. Trump délaisse donc l’OTAN, sans cesser d’affirmer un soutien déclinant à l’Ukraine. Les Européens sont humiliés et rançonnés par des « tariffs » sans pour autant être officiellement tenus pour ennemis. L’écran de fumée s’opacifie, il avance à travers lui vers ses objectifs, ramassant au passage des avantages financiers, comme le souligne justement un commentateur qui voit clair dans son cynisme, Alain Bauer.

C’est Charybde et Scylla : on veut fuir Trump, on tombe sur un camp républicain censé défendre les acquis de l’Europe, les droits humains, le progrès, mais tout cela a volé en éclats dans un reniement global délirant et aveugle. Partout on défend Gaza sous emprise des iraniens meurtriers, mais on le défend contre Israël dont les offensives sont toutes défensives, et qui a la seule démocratie de la région. Quand les théocrates Iraniens massacrent leur jeunesse, quand Poutine s’acharne contre les civils ukrainiens, la machine à protester tenue par l’ex-gauche radicalisée se bloque, nul ne moufte. C’est comme si un doigt géant avait remué les valeurs anciennes pour créer une soupe indigeste, brouillée, illisible.

La France va vers un affrontement de camps plus qu’adverses, ennemis, en somnambule, lors de l’imminente élection présidentielle, et seuls les camps insoutenables sont « incarnés », tandis que l’éternelle république demeure pour l’instant sans visage reconnaissable. Le brouillamini mondial se reflète au miroir de ce pays exemplaire, qui reste pour tous ceux qui rêvent de liberté de par le monde un phare, mais pas ici.

S’il y a une sagesse des peuples, on l’attend avec impatience !

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