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Par Me Jean-Philippe Carpentier - Avocat au barreau de Paris, consul honoraire du Luxembourg avec juridiction sur la Normandie et Président du Corps consulaire de Normandie.L’une gouvernait, l’autre expliquait.
Toutes deux reposaient sur un même fondement : la confiance.
Cette confiance semble aujourd’hui vaciller.
La défiance envers le politique n’est plus un phénomène marginal. Elle est devenue, dans de nombreuses démocraties occidentales, un réflexe presque instinctif dont les sondages mesurent l’ampleur croissante.
Les gouvernants sont soupçonnés d’agir davantage pour préserver leur pouvoir que pour servir le bien commun. Les promesses électorales sont reçues avec scepticisme. Les institutions elles-mêmes peinent à convaincre qu’elles demeurent les gardiennes impartiales de l’intérêt général.
Plus inquiétant encore, ce mouvement de défiance s’étend désormais à la science.
Or, pendant longtemps, les chercheurs paraissaient échapper aux passions partisanes. Le laboratoire semblait à l’abri des tumultes idéologiques. Les faits, croyait-on, disposaient d’une autorité propre.
Cette représentation est aujourd’hui remise en cause.
Dans un article récent publié par la revue américaine « Nature », l’un des plus prestigieux périodiques scientifiques au monde, il est même souligné que les scientifiques eux-mêmes doivent reconnaître leurs propres biais politiques s’ils souhaitent préserver la confiance du public.
L’auteur observe que la confiance dans la science ne saurait durablement reposer sur le soutien d’un seul segment idéologique de la population et que les chercheurs doivent être conscients de la manière dont leurs convictions politiques peuvent influencer leurs travaux, leurs prises de position publiques ou la perception que le public en a.
Le sujet est aussi central que délicat, car il touche à un mythe moderne, celui de la neutralité absolue qui vaut autant pour le magistrat que pour le politique.
Tout homme porte une histoire, une culture, des convictions.
Le scientifique n’échappe pas à cette réalité parce qu’il possède un doctorat ou publie dans une revue à comité de lecture. Il peut être tenté, consciemment ou non, de privilégier certaines hypothèses, certains sujets de recherche ou certaines conclusions compatibles avec sa vision du monde.
Ce constat n’enlève rien à la valeur de la méthode scientifique ; il rappelle simplement que la science est produite par des êtres humains.
Le danger apparaît lorsque l’engagement militant se confond avec l’autorité scientifique.
À partir du moment où une partie de la population perçoit certains chercheurs comme les représentants d’un camp politique plutôt que comme des observateurs rigoureux des faits, la crédibilité de la parole scientifique s’affaiblit.
Le débat cesse alors de porter sur les données ; il devient un affrontement de croyances. La science se transforme en étendard partisan.
Elle perd ce qui fait sa force : sa capacité à convaincre au-delà des appartenances idéologiques.
L’article, pire encore fait le triste constat que cette dérive au-delà de relever du domaine de la perception relève du réel.
Cette évolution n’est pas sans rappeler certaines crises politiques du passé.
Lorsque les institutions cessent d’incarner l’impartialité, elles deviennent suspectes aux yeux de ceux qui ne partagent pas les convictions de leurs dirigeants.
Le même mécanisme est aujourd’hui à l’œuvre dans le champ scientifique.
Le remède n’est pourtant ni la défiance généralisée ni le relativisme.
Il serait absurde de conclure que toutes les opinions se valent ou que l’expertise n’existe plus.
Les succès de la médecine, de la physique, des mathématiques ou des sciences du vivant démontrent chaque jour l’efficacité de la démarche scientifique.
Mais la confiance se mérite ; elle ne se décrète pas.
Les chercheurs gagneraient ainsi à reconnaître plus explicitement leurs présupposés, à favoriser la confrontation contradictoire des hypothèses et à accepter davantage le débat avec ceux qui contestent leurs conclusions.
L’humilité scientifique constitue sans doute aujourd’hui une vertu aussi importante que la compétence technique.
Les institutions scientifiques doivent également veiller à préserver un véritable pluralisme intellectuel.
Une communauté composée d’individus partageant les mêmes références idéologiques court le risque de développer des angles morts collectifs. L’histoire des sciences est riche d’exemples où les certitudes d’une époque furent renversées par des voix dissidentes.
Enfin, il appartient au citoyen de distinguer la science de son instrumentalisation politique.
La recherche de la vérité exige du discernement, de la patience et parfois l’acceptation de l’incertitude.
À l’âge des réseaux sociaux, où chaque controverse devient instantanément un combat identitaire, cette exigence est plus difficile mais aussi plus nécessaire que jamais.
« L’autorité de ceux qui enseignent est souvent un obstacle à ceux qui veulent apprendre. » disait Cicéron, ce qui n’empêchât pas l'obligation scolaire pour tous les enfants de moins de 14 ans de voir le jour sous Louis XIV avec l'ordonnance du 13 décembre 1698.
Cette réflexion, vieille de plusieurs siècles, conserve une étonnante modernité.
Elle nous rappelle que l’autorité ne suffit jamais.
Qu’elle soit politique ou scientifique, elle doit être sans cesse justifiée par l’exemple, par la transparence et par la recherche sincère de la vérité.
La crise contemporaine de la confiance ne trouvera pas sa solution dans davantage de communication institutionnelle ou de slogans.
Elle exige un retour à une vertu ancienne : la modestie. Le politique doit réapprendre à servir avant de convaincre. Le scientifique doit accepter que son savoir n’exclut pas la critique.
Nous ne pourrons pas vivre durablement sans confiance et la confiance ne renaît jamais de l’arrogance ; elle renaît toujours de la vérité reconnue, y compris lorsque celle-ci oblige à admettre ses propres limites.

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