Dérives sectaires 2.0 : complotisme et ultra-droite à l'ère numérique.

 Thierry Casasnovas, promoteur du crudivorisme.


Si l’essor des médias sociaux a dynamisé l’accès à l’information, il a aussi favorisé l’émergence de nouvelles formes de dérives sectaires. Loin de la représentation que l’inconscient collectif se fait d'une secte et d’un gourou, l’endoctrinement 2.0 se base sur la mise en place d’un climat de défiance vis-à-vis de l’autorité et d’une mécanique de désinformation en chaîne où les victimes relaient fausse information et théorie du complot. Mêlant conspirationnisme et idéologies extrémistes à un discours faussement spirituel, les nouvelles dérives sectaires, par leur aspect protéiforme, se révèlent particulièrement difficiles à endiguer.

C’est dans un contexte particulièrement tendu par la pandémie de Covid-19 qu’une loi visant à protéger les utilisateurs d’internet du détournement de la médecine a été adoptée par le palais Bourbon le 14 février 2024. À l’initiative de la députée Renaissance Brigitte Liso, celle-ci vise à encadrer les dérives sectaires qui sévissent via les différents réseaux sociaux.

Et pour cause, depuis 2020, le nombre de signalements à la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) ne cesse de croître, augmentant même de 33,6 % entre le confinement et la fin de l’année 2021. Avec la reprise des théories New Age par le mouvement des antivax, légiférer en la matière représentait un enjeu de santé publique. Veillant à condamner sévèrement l’incitation à l’abandon de soins, les campagnes de défiance envers les traitements traditionnels ainsi que l’exercice illégal de la médecine, cet amendement visait sensibiliser le grand public contre un fléau qui tend à se complexifier. Le Sénat a néanmoins jugé bon de raboter le controversé article 4 laissant le problème entier. Il faut dire que la campagne de dénigrement orchestrée par l’extrême droite s’est révélée particulièrement efficace. En assimilant fallacieusement l’exercice illégal de la médecine à une atteinte à la liberté d’expression, la vox populi s’est très vite positionnée contre cet amendement. Cette « politisation » n’est pas anodine tant elle fait écho aux nouvelles problématiques en la matière.

En effet, certaines dérives sectaires rencontrées sur les réseaux sociaux se sont désormais politisées, tendant à véhiculer un message extrémiste dans un but certain de radicalisation. Si l’emprise sectaire a toujours été scellée par le complotisme dans le but d’isoler les victimes, elle se fait dorénavant le relais de théories conspirationnistes servant à entretenir un climat de dissidence vis-à-vis du gouvernement en place.

Derrière un discours faussement spirituel pour lisser une image controversée, les nouvelles dérives sectaires brouillent plus que jamais les pistes. À l’image de Thierry Casasnovas, à la croisée des chemins entre hygiénisme et complotisme, les gourous digitaux se situent dorénavant à l’extrémité d’un système pyramidal des plus complexes où se côtoient droite radicale, ésotérisme et souvent exercice illégal de la médecine.

I – L’emprise sectaire au temps du Covid-19

Dans son rapport de 2021, la Miviludes a recensé plus de 3000 signalements, soit une augmentation de 86 % depuis 2015. Un bond sans précédent. La crise sanitaire et les confinements successifs ont fragilisé la santé mentale des plus vulnérables. D’après les dispositifs de vigilance, le nombre de dépressions diagnostiquées entre 2020 et 2021 a connu une croissance de 20 %, illustrant les ravages de la pandémie sur le moral des Français. Même conclusion dans le milieu hospitalier où le motif psychiatrique a connu un pic de 200% lors des admissions aux urgences post confinement.

Stage de crudivorisme, témoins de Jéhovah, courants ésotériques : si la plupart des domaines relatifs aux dérives sectaires sont concernés, nous remarquons néanmoins une nette augmentation concernant les mouvements centrés sur la santé. Aussi, Thierry Casasnovas surnommé par les médias « le gourou du crudivorisme », alors détenteur de près de 600 000 abonnés sur YouTube, comptabilise, à lui seul, plus de 600 signalements.

Nouveau terrain de jeu des gourous digitaux, les médias sociaux permettent un endoctrinement anonyme où les adeptes se radicalisent entre eux en partageant théories scabreuses et autres préceptes dans un système de désinformation en chaîne. Le complotisme, déjà utilisé dans les dynamiques sectaires pour isoler l’individu de son environnement par la peur des institutions, connaît également un essor sans comparaison. En réponse à cette nouvelle problématique, le gouvernement a organisé les premières Assises des dérives sectaires et du complotisme en 2023 – un an avant l’adoption de la loi dédiée. Désormais, le danger des théories du complot relayées dans le but de désinformer n’est plus à prouver, il est identifié par les services concernés.

En parallèle, l’ultra-droite, notamment l’essayiste d’extrême droite Alain Soral via son site « Égalité et réconciliation », s’empare de la crise sanitaire pour, à la fois, critiquer la politique d’Emmanuel Macron, et propager des discours extrémistes. Un terreau des plus fertiles dans un contexte où la santé mentale des français est plus que jamais chancelante. Les visites du site E&R explosent en dépit de la fermeture de la chaîne YouTube. Après une longue traversée du désert, le Covid-19 permet un regain de notoriété ainsi qu’un rabattage plus large. Ainsi les partisans de E&R à partir de mars 2020 ne sont plus forcément des complotistes antisémites mais des désœuvrés déstabilisés par la pandémie. Animés par la peur de l’avenir et la quête de sens, nombreux seront ceux à se laisser convaincre par l’idéologie soralienne sans percevoir le caractère extrémiste de leur engagement.

Le mouvement antivax se révèle donc pluriel. Ainsi voit-on des partisans de droite radicale grossir les rangs du mouvement regroupant déjà disciples de Thierry Casasnovas et autres victimes de dérives sectaires. Dans les cortèges des manifestations contre le passe sanitaire, nous retenons les débordements antisémites autour des pancartes « Qui ? » listant des personnalités de confession juive à l’origine de la pandémie. À cette période, les séries de vidéos d’Alain Soral « C’est parti mon Qui-Qui ! » incriminant directement « la communauté » (ndlr : l’essayiste d’extrême droite n’emploie pas le mot « juif ») connaissent des records d’audience. Les rassemblements contre le passe sanitaire organisés par Florian Philippot deviennent, durant le mois de juillet 2021, le théâtre de scènes odieuses. Arborant l’étoile jaune portée par les juifs durant le gouvernement de Vichy, certains antivax franchissent, à quelques jours de la commémoration annuelle de la rafle du Vel d’Hiv, le point de non-retour. En réaction à ses débordements, l’ex numéro 2 du Rassemblement National devenu président des « Patriotes » dénoncera « une manipulation des médias » afin de jeter l’opprobre sur une manifestation « hyper bonne enfant ».

II – Les chemins du Grand Reset

Au lendemain du discours présidentiel rendant systématique l’utilisation du passe sanitaire, une vidéo publiée sur Instagram devient virale. Nous sommes le 15 juillet 2021 lorsque Mickaël Vendetta, ancienne gloire de la télé-réalité française, se met en scène depuis la côte landaise. Prétendant détenir d’une source proche de l’Élysée la certitude que le couple Macron ne serait pas vacciné, il débine, cinq minutes durant, des arguments scabreux semblables à ceux qui pullulent sur les réseaux sociaux depuis le début de la crise sanitaire :

« Je commence cette vidéo par vous donner une information qui va vous faire bondir. Emmanuel Macron et Brigitte ne sont pas vaccinés. Ils vous ont menti. J’ai cette information d’une source sûre à 100%. »

Avant de préciser : « Derrière ce Covid, ILS ont un plan. Instaurer le nouvel ordre mondial. IlS veulent faire exploser ce système actuel pour en mettre un nouveau. Ce Covid n’est qu’un prétexte. Vous pensez sincèrement qu’ILS veulent sauver la vie des gens alors qu’on est trop nombreux sur cette Terre ? »

La publication quant à ce « secret d’État » fait le « buzz », érigeant le « bogosse d’hier », pour reprendre les termes de Charlie Hebdo, en « héraut des antivax ». Il s’ensuivra un simili regain de notoriété pour le jeune homme alors âgé de trente-quatre ans. Comparaison malsaine entre vaccination et viol, incitation à aspirer l’injection via une pompe à venin artisanale, parade aux manifestations de Florian Philippot aux côtés du journaliste complotiste Richard Boutry, l’ancien candidat de « La ferme célébrités » ne reculera devant aucune provocation pour vendre ses produits dérivés, goodies pour antivax, et promouvoir la Fraternité blanche universelle (FBU) dont il se revendique fervent disciple.

Ce qui pourrait ressembler à l’opportunisme d’une starlette sur le déclin se révèle néanmoins plus élaboré qu’il n’y paraît, notamment au regard des accointances du jeune homme. Il ne s’en est jamais caché. Mickaël Vendetta a soutenu « Égalité et réconciliation » au temps de son succès, qualifiant même Dieudonné et Alain Soral de « potes » en réaction à l’article du site « Balance ton antisémite » les représentant ensemble. Sa proximité avec le fondateur d’E&R, dont il se fait l’influenceur officieux, change le regard que l’on pose sur ce trublion doué pour la formule. Ses positionnements où il prône notamment la supériorité du modèle occidental prennent donc un tout autre sens. Quant à ses liens avec Thierry Casasnovas avec qui il s’affiche régulièrement sur ses médias sociaux tout en se vantant de suivre les prescriptions de jeûne, ils continuent d’entretenir le doute sur les motivations de cet antivax chef de file de « la résistance céleste ».

Pour mieux comprendre le personnage, nous devons revenir sur ses liens avec la Fraternité Blanche Universelle. Depuis son retour à l’anonymat, le jeune homme a suivi l’enseignement d’Omraam Mikhaël Aïvanhov via la lecture de 90 ouvrages. Nous sommes alors en 2015 soit cinq ans après sa participation à « La ferme célébrités » où il côtoiera notamment Francky Vincent, autre proche de E&R. Après quelques provocations maladroites lors des présidentielles de 2012 et une participation peu marquante au sein de la troisième saison des « anges de la télé-réalité » (2013), le jeune homme a complètement disparu des radars médiatiques. Si on le pense fini sans n’avoir jamais vraiment commencé, c’est un nouveau personnage qui réapparaît, mystique et avide de spiritualité, aux antipodes de son personnage de beau-gosse superficiel et provocateur. Néanmoins, le « citoyen cosmique » continue son activité de disc-jockey notamment au sein des soirées qu’il organise avec son mentor Jean-Marie d’Eysmond dit « De Saint-Ange ». Image lissée, nouveau costume, le jeune homme, dûment conseillé, parvient à se réinventer.

Se présentant comme un « enfant indigo », Mickaël Vendetta ne cache pas son appartenance à la Fraternité Blanche Universelle, partageant même de nombreux préceptes avec ses abonnés. Le jeune homme affirme, par ailleurs, être doté d’un pouvoir exceptionnel, celui de détecter les « âmes célestes » (ndlr : personnes dont le taux vibratoire est élevé) par un simple regard. Ainsi réunit-ils ces êtres extraordinaires, majoritairement de très jeunes femmes, des non-vaccinés et des soutiens d’extrême droite dans ses soirées, devenues ésotériques, situées dans divers établissements parisiens. La majorité est recrutée via les réseaux sociaux après examen minutieux du profil. Notre source anonyme qui a travaillé en tant que DJ entre 2022 et 2023 parle d’une atmosphère malsaine où la présence de mineures n'était pas rare. La jeune femme en est certaine : elle a été choisie pour son physique. Filmée pour attirer du monde au niveau de ses jambes ou de sa poitrine, l’influenceur lui a parfois intimé de se vêtir de manière provocante, jugeant qu’avec les tenues qu’elle arborait, elle n’était pas « bonne à baiser. » Une attitude profondément misogyne qui illustre pleinement les discours masculinistes prisés par Alain Soral et relayés par l’influenceur.

Au regard de sa piètre considération de la femme, nous pouvons émettre certaines réserves quant au rêve que Vendetta a maintes fois partagé avec ses abonnés ; celui de rassembler « âmes célestes » et non-vaccinés - qui bien souvent ne font qu’un - dans un village coupé du reste du monde. Une aspiration qui n’est pas sans rappeler celle de la Fraternité Blanche Universelle qui espère créer, par ce même biais de vie en autarcie, une nouvelle race. Les femmes étant indispensables pour mener à bien ce dessein, il va sans dire que les heureuses élues n’auraient qu’un rôle strictement reproducteur.

Définie comme une secte par la commission parlementaire sur les sectes en France en 1995 puis par la Miviludes en 2005, la FBU est un mouvement ésotérique qui met à jour les Évangiles tout en promouvant un mode de vie centré sur le jeûne et la vénération du soleil. Les adeptes, appelés « enfants indigo », se reconnaissent grâce à leur haut taux vibratoire. Celui-ci étant la résultante d’une lecture assidue des ouvrages de Omraam Mikhaël Aïvanhov et des lois karmiques, permettra de donner vie à une nouvelle race qui vivra en autarcie. Lors des différentes enquêtes, la FBU s’est désolidarisée de Vendetta, laissant supposer que l’éveil spirituel du jeune homme ne franchit pas les portails du site de Fréjus pour se concentrer uniquement sur le marketing de ses soirées ésotériques. Compte tenu des accointances du jeune homme avec E&R, il est de plus en plus probable que la FBU ne soit qu’un écran de fumée pour dissimuler son véritable rôle dans l’organigramme.

Durant l’été 2021, Mickaël Vendetta inonde son canal Télégram – aujourd’hui supprimé – de saillies où il s’en prend à la fois « aux sionistes et aux homosexuels », veillant, comme son mentor Alain Soral, à ne pas utiliser le mot « juif » :

«Beaucoup de sionistes dans les postes-clés en France, et des homosexuels […] si tu es sioniste ou homo, tu as plus de chance de réussir dans les postes-clés […] Sachez-le, les vrais sectes (sic) ce sont les sionistes et les homosexuels.»

Son compte instagram comptabilise désormais 35 000 abonnés dont Ema Krusi, influenceuse genevoise condamnée pour discrimination raciale et vente d’ouvrages révisionnistes, le profil conspirationniste « Le Grand réveil » ou encore les complotistes Jean-Marie Bigard et Francis Lalanne. Le hasard veut que tous relaient systématiquement les mêmes propagandes, de façon quasi simultanée, en veillant bien d’adapter la forme à son public cible.

Devenu l’annexe d’« Égalité et réconciliation » dont il reprend la dynamique des articles en y ajoutant la provocation qui fait son personnage, Mickaël Vendetta réussit le tour de force de distiller les idéologies de l’ultra-droite sans en avoir l’air. Ainsi abordera-t-il des problématiques identitaires, migrationnistes et sécuritaires de manière détournée. Sous forme de sondage, l’influenceur demandera à ses abonnés leurs préférences entre Éric Zemmour et Philippe de Villiers ou encore s’ils aiment « les arabes ». Au-delà du ton humoristique du compte, l’interaction permet de consolider un lien factice avec son audience, laquelle se sent privilégiée d’appartenir au club très prisé des « âmes célestes. »

À l’automne 2021, le créateur du « Fuck céleste » (ndlr : doigt d’honneur de ralliement des membres de la « résistance céleste ») reprendra la rumeur de transidenté de la Première dame lancée par E&R, s’en faisant un des précurseurs. Les mois suivants, le jeune homme n’a pas hésité à accentuer la promotion de ses soirées ésotériques où se sont succédés également d’éminents antivax tels que Florian Philippot, Richard Boutry, Myriam Palomba ou encore Oliv-Oliv. Aux pures « âmes célestes » se substituent des personnalités liées à l’extrême-droite, des anciens du GUD ou des cadres Reconquête!. Nous pouvons ainsi légitimement nous demander si le véritable super pouvoir de Vendetta ne serait pas d’offrir un point de ralliement aux sympathisants, acteurs et autres personnalités affiliées la droite radicale. La chair fraîche et la musique assourdissante en supplément. Si les antivax sont interdits d’entrer dans les lieux publics tels que les restaurants et les discothèques, les soirées ne désemplissent pas. Des cartes de fidélité à l’effigie du gourou Omraam Mikhaël Aïvanhov sont même vendues 200 euros/pièce durant l’automne 2021 et l’hiver 2022. Un business tout aussi juteux que les centrifugeuses proposées par Thierry Casasnovas, les vertus curatives en moins. Nous y reviendrons.

Le cas Vendetta est particulièrement intéressant puisqu’il concentre à lui seul plusieurs versants relatifs aux nouvelles dérives sectaires. Un protagoniste a priori sympathique, plutôt apprécié du grand public, qui, entre deux boutades, distille des propos complotistes, séparatistes ou encore masculinistes. L’idéologie véhiculée par la FBU n’étant qu’un écran de fumée visant à détourner l’attention des autorités d'un autre fléau tout aussi mortifère. Une méthode qui n’est pas sans rappeler celle utilisée par le groupe Bolloré via l’émission TPMP qui, sous couvert de divertissement, n’a cessé de diffuser les idées de l’extrême droite jusqu’à la condamnation définitive de C8 en février dernier.

III – Le gourou du crudivorisme

Durant l’année 2021, le site « Égalité et Réconciliation » de l’essayiste d’extrême droite Alain Soral multiplie les titres aussi racoleurs que complotistes. La crise sanitaire se faisant le terreau de théories plus scabreuses les unes que les autres. Une partie des Français, sceptique devant la gestion du confinement et l’élaboration aussi rapide du vaccin, adhère au discours soralien, évidemment orienté vers l’antisémitisme et la défiance gouvernementale. Ainsi, le vaccin contre la covid-19 serait un des plans prévus pour l’instauration du Nouvel Ordre mondial ou encore un passage obligé vers le Grand Reset prévu pour 2030. Au sommet de cette sinistre conspiration, des personnalités influentes de confession juive telles que Jacques Attali ou encore l’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn. En parallèle, le site d’Alain Soral continue de faire la promotion de Thierry Casasnovas, un hygiéniste qui invite les personnes atteintes de cancer à troquer la chimiothérapie pour du jus de fruit. Celui que les médias surnomment « le gourou du crudivorisme », proche du média soralien, a déjà reçu la Quenelle d’or de la part de Dieudonné et doit l’essor de son mouvement controversé à l’appui d’Alain Soral. Il faut dire qu’avant de profiter de la visibilité octroyée par ce dernier, Thierry Casasnovas végétait, à l’instar de nombreux petits vidéastes, comme YouTube en compte des dizaines de milliers. Ses discours niant l’existence du VIH tout en prônant le crudivorisme peinaient à trouver un auditoire. D’un soutien à l'autre, une fois porté aux nues par Égalité et réconciliation, « le gourou du crudivorisme » a finalement intégré « Progressif media », l’agence de communication appartenant au milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Connue pour accueillir des influenceurs d’extrême droite tels que Thaïs d’Escufon, Alice Cordier, Christopher Lannes ou encore l’abbé Matthieu Raffray, celle-ci contribue à la banalisation du discours de l’ultra-droite au sein des médias sociaux. Ainsi la chaîne YouTube de Thierry Casasnovas et bientôt son association « Régénère » ont connu une croissance exponentielle entre 2015 et 2021.

Grâce à sa visibilité croissante, « le gourou du crudivorisme » a pu établir un business lucratif mêlant vente de centrifugeuses et organisation de stages durant lesquels il promeut un nouvel Évangélisme, celui des nutriments. En effet, le jus de légumes pourrait éliminer la « pollution » responsable de maladies telles que la sclérose en plaques, le VIH ou encore le cancer, celles-ci n’étant que la conséquence de « l’ignorance » des hommes.

Suivi par la Miviludes depuis 2012, objet de plus de 250 signalements en 2016, Thierry Casasnovas a été cité dans le rapport annuel 2021 en ces termes :

« L’emprise mentale qu’exercerait cet individu sur des personnes fragiles (...), le discours antisocial et le caractère exorbitant des exigences financières sont de nature à favoriser une dérive sectaire. »

« Il incite les personnes à remettre en cause les pratiques thérapeutiques médicales, expliquant par exemple que la chimiothérapie est toxique et inefficace », « un discours s’inscrivant dans le complotisme, pour s’opposer à la médecine conventionnelle »

La Miviludes affirme, par ailleurs, qu’il a évoqué « la construction de camps de concentration aux États-Unis pour ceux qui ne se soumettraient pas à la vaccination » contre le Covid. Une affirmation qui n’est pas sans rappeler une vidéo tournée par Richard Boutry pour « La minute de Ricardo » où le journaliste prétendait filmer, en juillet 2021, des camps pour mineurs non-vaccinés dans un lieu tenu secret en France.

Parmi ses diverses activités « très lucratives », selon la Mission, Thierry Casasnovas propose plusieurs formations – seulement en ligne – intitulées « Cure de jouvence », « Iridologie », « Amour des enfants » ou « Permaculture » qui coûtent entre 200 et 500 euros. Pour la Mission, « l’emprise mentale qu’exercerait cet individu sur des personnes fragiles, l’isolement induit par ses propos, la rupture avec l’environnement antérieur, le discours antisocial et le caractère exorbitant des exigences financières (…) sont de nature à favoriser une dérive sectaire ».

En juillet 2020, une enquête est ouverte par le Parquet de Paris contre « le gourou du crudivorisme » pour mise en danger de la vie d’autrui, exercice illégal de la médecine, abus de faiblesse et pratique commerciale trompeuse. Thierry Casasnovas est placé en examen le 10 mars 2023. Son avocat n’est autre que l’avocat complotiste Fabrice Di Vizio, chroniqueur sur TPMP en 2024, désormais créateur de contenu pour la chaîne YouTube « Droit de parole » auprès de l’abbé Raffray. Dans ce format podcast qui propose de donner un regard chrétien à l’actualité, on retrouve également des saillies anti-gouvernementales ainsi qu’une propagande active de l’extrême-droite.

Fort de ses précieux soutiens, l’ex comparse d’Irène Grosjean garde la tête haute. Qu’importent la gravité des accusations qu’on porte à son encontre ou le nombre de morts parmi ses adeptes, le « gourou du crudivorisme » ne cache plus une ambition ubuesque : sa candidature aux présidentielles de 2027. Après la défaite de Francis Lalanne aux dernières législatives et les ambitions avortées de Jean-Marie Bigard, un autre poulain d'Alain Soral se lance dans l’arène. Ce dernier avait déjà amorcé l’idée que le « gourou du crudivorisme » ferait un excellent ministre de la santé, pensée partagée également par Mickaël Vendetta sur ses réseaux sociaux.

Vous l’aurez compris, internet - et plus particulièrement les réseaux sociaux – constitue un terreau particulièrement fertile pour la propagation des nouvelles dérives sectaires. Celles-ci, loin de l’image traditionnelle qui circule encore dans l’inconscient collectif, se révèlent particulièrement difficile à identifier. Se cachant dans les blagues douteuses d’un ancien « bogosse » devenu porte-parole d’E&R ou dans les conseils nutritionnels d’un repris de justice avide de jus de légumes, il est essentiel de se montrer vigilants quant aux contenus que nous consommons. L’état de sujétion étant de même intensité par écran interposé qu’en direct, il ne faut pas négliger l’ampleur de cette emprise. Elles aboutissent tout autant à des pressions, des escroqueries voire des radicalisations. La privation du libre-arbitre mêlé à l’isolement peut conduire l’individu concerné à développer des comportements à risques qui peuvent impacter aussi bien son entourage que la société.

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