Conversation avec Davoud Pahlavi

 Le Prince Davoud Pahlavi.

Dans un moment où l’Iran traverse l’une des périodes les plus décisives de son histoire récente, la parole de ceux qui connaissent intimement les dynamiques politiques, sociales et humaines du pays revêt une importance particulière.

Davoud Phalavi fait partie de ces observateurs et acteurs dont le regard permet de saisir, au-delà des images et des chiffres, la profondeur des bouleversements à l’œuvre.

Issu d’une famille, celle de l’ancien Shah d’Iran, dont le nom demeure étroitement lié à l’histoire contemporaine de l’Iran, il s’exprime aujourd’hui régulièrement avec la volonté de contribuer au débat public et d’éclairer la compréhension d’une société en quête de liberté et de stabilité.

Nos échanges récents ont tourné autour de quatre enjeux essentiels : l’impact de la répression sur les aspirations populaires, les conditions d’une transition démocratique, le rôle que pourrait jouer sa famille dans un Iran ouvert sur le monde, et les perspectives géopolitiques qu’impliquerait une telle transition.

Davoud m’a confié ses analyses, nourries à la fois d’un héritage historique et d’une attention très concrète aux réalités du terrain.

Il m’a autorisé à publier une partie de ces échanges qui offrent sa lecture structurée et lucide de ce que pourrait être l’avenir d’un pays qui continue de lutter pour écrire sa propre trajectoire.

J’avais d’abord échangé avec Davoud sur une question simple : La répression en Iran va-t-elle étouffer ou accentuer les aspirations au changement du peuple iranien ?

Voici la réponse de Davoud :

« À chaque soulèvement du peuple iranien, l’histoire semble se répéter avec une cruelle monotonie. Le régime coupe internet, déploie une répression d’une violence inouïe, fait tomber des milliers de vies et, à chaque fois, le monde démocratique, ses dirigeants, ses institutions, choisit par inaction ou par calcul d’abandonner celles et ceux qui risquent tout pour leur liberté.

Cette fois pourtant, quelque chose a changé. Depuis plus d’un mois, dans une détermination sans précédent, l’ensemble du peuple iranien s’est levé pacifiquement et massivement sur l’ensemble du territoire. Malgré la coupure quasi totale d’internet, malgré une répression sanguinaire d’une ampleur terrifiante, plus de 30 000 morts déjà évoqués parmi lesquels des femmes, des hommes, des enfants et même des nourrissons, la rue ne se vide pas. La peur n’a plus prise. La volonté de vivre libre l’emporte sur la terreur. Le régime chancelle comme jamais. La victoire du peuple ne fait plus de doute : elle est en marche, portée par des millions qui refusent désormais de plier. Mais face à ce courage immense, face à ce sacrifice quotidien, le silence des démocraties devient assourdissant.

Ne rien faire, c’est se rendre complice.

Rester les bras croisés tandis que des bourreaux massacrent leur propre peuple, c’est choisir le camp des oppresseurs.

C’est accepter l’inacceptable. Aujourd’hui plus que jamais, le monde libre porte une responsabilité collective. Laisser ces millions d’Iraniens seuls face à la barbarie serait une trahison morale et politique d’une gravité historique. Le peuple iranien ne lâchera rien.

Sa soif de liberté, trempée dans le sang et les larmes, est devenue inextinguible.

Espérons et exigeons que cette fois les démocraties ne se comporteront pas une fois de plus de manière indigne et lâche.

Espérons qu’elles entendront enfin l’appel de celles et ceux qui, au prix de leur vie, ne demandent rien d’autre que le droit le plus fondamental : vivre libres. Car dans ces images, dans ces cris étouffés, dans ce martyre silencieux, c’est la valeur inestimable de la liberté que nous voyons se révéler sous nos yeux. Et nous serons jugés, non sur nos discours, mais sur ce que nous aurons fait ou omis de faire pour elle. »

Davoud nous parle ainsi de démocratie et tout naturellement, je lui ai demandé : comment accompagner la transition de l'Iran vers la démocratie ?

Sa réponse ancrée dans les idées de laïcité et de liberté est saisissante, et il place ce renouveau dans un contexte où son cousin Reza Pahlavi incarnerait un régime de transition. Il m’explique :

« Il est impératif d’instaurer un régime de transition laïque avec la séparation des pouvoirs, crédible et unificateur, incarné par le Prince Reza Pahlavi. Ce régime doit rassembler toutes les sensibilités idéologiques du pays autour d’une feuille de route claire et ambitieuse : rétablir la stabilité économique et sociale, tout en affrontant avec détermination les défis environnementaux majeurs, notamment la sécheresse qui menace l’avenir de nos ressources vitales.

Sur le plan diplomatique, tout est à reconstruire dans la région. Il s’agit de tourner la page de la confrontation pour ouvrir enfin la voie à une paix durable, à des relations de bon voisinage et à un avenir partagé, loin des tensions et des aventures idéologiques du passé. Une fois le pays stabilisé, solidement remis sur les rails de la normalité et de la confiance, viendra le moment décisif : organiser des élections libres, transparentes et démocratiques. Chacune et chacun pourra alors présenter son projet, défendre sa vision politique, et les Iraniens choisiront, en toute souveraineté et sans entrave, l’avenir qu’ils désirent. Ce choix sera l’expression la plus pure de leur aspiration collective à la liberté. »

Davoud insiste sur le rôle qu’il souhaiterait voir sa famille jouer dans un Iran moderne et ouvert au monde et me précise :

« Dans les manifestations actuelles qui embrasent l’Iran, le peuple scande massivement le nom du Prince Reza Pahlavi : « Javid Shah ». Ce cri, porté par des millions de voix à travers le pays, exprime une aspiration profonde à la liberté et à un avenir digne.

Après cette période de transition nécessaire, le peuple iranien exercera pleinement sa souveraineté. Il choisira librement, par le vote, la personne ou la voie qui conduira les affaires de la nation. Ce choix sera l’expression authentique et sans contrainte de sa volonté collective. Il est évident que la maison Pahlavi s’engagera pleinement, aux côtés de tous les Iraniens, dans la reconstruction du pays. Nous sommes fermement attachés aux principes démocratiques. Nous défendons la souveraineté absolue du choix politique que le peuple fera, en toute liberté et en toute légitimité. C’est dans cet esprit d’unité, de responsabilité et de respect de la volonté populaire que se dessine l’Iran de demain : un pays où la démocratie triomphe, où chaque voix compte, et où la liberté n’est plus un rêve, mais une réalité partagée. »

Une nouvelle fois, c’est de démocratie qu’il parle et je lui demande alors, selon lui, quelles perspectives géopolitiques ouvrirait une transition démocratique Iranienne.

Davoud se projette et m’explique :

« La chute de la République islamique marquerait un tournant décisif non seulement pour l’Iran, mais pour l’ensemble du Moyen-Orient. Elle annoncerait, de manière presque inéluctable, l’effondrement des structures terroristes qu’elle a patiemment financées, armées et dirigées depuis des décennies : le Hamas, le Hezbollah et d’autres groupes proxies qui ont semé la mort et l’instabilité au nom d’une idéologie exportée.

Privés de leur principal parrain financier, logistique et stratégique, ces acteurs perdraient leur capacité d’action et leur raison d’être dans un paysage régional transformé. La fin du régime des mollahs signifierait la fin du cycle vicieux de la terreur par procuration, ouvrant la voie à une désescalade profonde et durable. Avec les Accords d’Abraham déjà en place, un Iran libéré deviendrait un pilier essentiel de stabilité et de développement.

Loin d’être un foyer de confrontation, notre pays pourrait redevenir un acteur de paix, un moteur d’échanges économiques, culturels et technologiques. Prince Reza Pahlavi l’a lui-même esquissé en appelant à élever ces accords au rang de « Cyrus Accords » : un cadre élargi réunissant un Iran libre, Israël et les nations arabes autour de la reconnaissance mutuelle, de la souveraineté et des intérêts nationaux communs. Ce serait le sceau d’une ère nouvelle, fondée sur la coopération plutôt que sur la haine. Pour les peuples de la région, tous porteurs d’une histoire millénaire riche et diverse, cela signifierait enfin autre chose que la violence, la dictature et le terrorisme. La fin de la haine institutionnalisée, la fin du terrorisme comme outil de pouvoir, la fin de l’isolement imposé par un régime qui a sacrifié le bien-être de millions pour ses chimères expansionnistes. Un Iran démocratique, prospère et en paix avec ses voisins offrirait à tous les peuples du Moyen-Orient un horizon d’espoir concret : celui d’un avenir où la dignité humaine, le progrès partagé et la sécurité collective l’emportent sur la destruction et la division. C’est cette promesse que porte aujourd’hui la lutte du peuple iranien, et c’est elle qui, une fois réalisée, redessinera la carte de la région pour les générations à venir. »

Au terme de cet entretien, une réalité s’impose, le régime iranien traverse une phase de fragilisation profonde, miné par l’usure interne, l’explosion des aspirations sociales et un isolement diplomatique croissant. Pourtant, l’histoire enseigne qu’un pouvoir affaibli ne disparaît jamais mécaniquement.

Les régimes autoritaires, ou non, même à bout de souffle, savent parfois se maintenir par l’inertie institutionnelle, la peur, ou la capacité à instrumentaliser leurs propres crises. Rien n’est automatique, rien n’est jamais acquis, ni la chute, ni la stabilité.

C’est précisément dans cet entre-deux que se joue aujourd’hui l’avenir de l’Iran : un moment où tout paraît possible, mais où tout reste fragile. Le désir de liberté, massif et irréversible, se heurte encore à une structure de pouvoir qui, bien que fissurée, conserve des leviers redoutables.

La société iranienne avance ; le régime, lui, se défend. Entre ces deux forces contraires, c’est la durée, l’organisation et la solidarité internationale qui façonneront l’issue.

Reste que les peuples ont parfois une obstination que rien ne peut éteindre, et que les régimes les plus rigides finissent par céder devant le mouvement du réel. Cette tension, ce bras de fer trouvera sa solution.

Les pouvoirs qui semblent durer éternellement n’échappent pas à l’érosion des années, ni à la volonté des hommes de reprendre en main leur destin et quelle que soit l’issue, il faudra suivre la préconisation de Charles X, « Le temps est venu de réparer, non de démolir ».

1 Commentaires

  1. Je connais un peu l'Iran, et suis navré de voir que Trump se focalise sur le nucléaire et non sur la liberté

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Plus récente Plus ancienne