■ Marc Alain Boucicault.
Et si la solution aux crises d’Haïti venait de ses entrepreneurs ? Marc-Alain Boucicault, fondateur de Banj, le premier hub d’innovation du pays, en est convaincu : c’est en structurant son écosystème et en transformant l’assistance en investissement que la Perle des Antilles pourrait enfin briller à nouveau.
Propos recueillis par Jean-Baptiste Collomb, ancien chargé d’enseignement des Facultés de Droit d’Aix-Marseille Université et collaborateur parlementaire, intervenant au Conservatoire National des Arts et Métiers.
Jean-Baptiste Collomb - Pouvez-vous vous présenter et présenter votre parcours universitaire, professionnel ?
Marc-Alain Boucicault - Je m’appelle Marc Alain Boucicault. Je suis entrepreneur social, expert dans le développement d’écosystèmes d’innovation et fondateur de Banj (www.banj.ht), le plus grand hub d’innovation et espace de coworking d’Haïti.
Mon parcours m’a amené à évoluer à l’intersection de l’entrepreneuriat, des politiques publiques, du développement économique et de l’innovation. J’ai collaboré avec des institutions telles que la Banque mondiale, la Banque interaméricaine de développement (BID), le MIT, Harvard et plusieurs organisations internationales autour des questions liées à l’entrepreneuriat, à l’économie numérique et au développement des écosystèmes.
Depuis près d’une décennie, mon travail consiste à créer les conditions permettant aux entrepreneurs haïtiens de réussir. À travers Banj, nous avons accompagné plus d’une centaine de startups, organisé plus de 500 événements, formé des milliers de jeunes aux compétences numériques et mobilisé plusieurs centaines de milliers de dollars en financement pour soutenir des entreprises innovantes en Haïti et dans la Caraïbe.
Vous vous appuyez sur le modèle MIT à 5 parties prenantes. Pouvez-vous l’expliciter et préciser comment l’appliquer à Haïti ?
L’une des plus grandes leçons que j’ai retenues de mon expérience professionnelle au MIT est que les économies innovantes ne naissent pas par hasard. Elles résultent d’un écosystème où cinq grandes catégories d’acteurs travaillent de manière coordonnée.
Le premier pilier est celui des entrepreneurs, qui créent les entreprises et prennent les risques.
Le deuxième est constitué des universités et centres de recherche, qui produisent les connaissances, développent les talents et favorisent les transferts de technologies.
Le troisième regroupe les investisseurs et institutions financières, qui apportent les capitaux nécessaires à la croissance des entreprises.
Le quatrième rassemble les grandes entreprises, qui deviennent des clients, des partenaires ou des investisseurs stratégiques des jeunes entreprises.
Le cinquième pilier est celui des pouvoirs publics, qui créent un environnement favorable grâce à des politiques publiques adaptées, un cadre réglementaire moderne et des investissements dans les infrastructures.
Nous avons ajouté 2 autres piliers au modèle du MIT qui sont la Diaspora et les partenaires internationaux techniques et financiers qui sont une source importante de ressources pour l’écosystème local.
En Haïti, ces sept groupes d’acteurs existent, mais ils travaillent trop souvent de manière isolée. Notre défi n’est donc pas seulement de créer davantage d’entrepreneurs, mais surtout de renforcer les liens entre tous les acteurs de cet écosystème.
C’est précisément le rôle que joue Banj : créer des ponts entre les universités, les startups, les investisseurs, les entreprises privées, les institutions publiques, la diaspora et les partenaires internationaux.
Vous avez démontré, dans une démarche comparatiste, la réussite économique de plusieurs pays ayant en commun une diaspora importante et de véritables investissements dans des dispositifs et méthodes innovants. Pouvez-vous nous apporter un éclairage sur votre démonstration ?
Lorsque l’on observe des pays comme Israël, l’Irlande, l’Inde, Taïwan, Singapour ou encore le Rwanda, un constat revient systématiquement : leur diaspora n’a pas seulement envoyé de l’argent à leurs familles.
Elle a investi dans les entreprises, les universités, les fonds d’investissement, les programmes de mentorat, les réseaux professionnels et le transfert de connaissances.
Les transferts de fonds sont indispensables, mais ils ne suffisent pas à transformer une économie.
Ce qui crée durablement de la richesse, ce sont les investissements dans le capital humain, la recherche, les entreprises innovantes et les infrastructures permettant aux talents de créer de la valeur.
Haïti possède l’une des diasporas les plus importantes et les plus qualifiées de la région. Notre enjeu est désormais de transformer cette formidable ressource en véritable moteur d’investissement, d’innovation et de création d’emplois.
Nous devons passer d’une logique d’assistance à une logique d’investissement.
Qu’est-ce que Banj ?
Banj est bien plus qu’un espace de coworking.
C’est une plateforme de développement économique qui accompagne les entrepreneurs à chaque étape de leur parcours.
Depuis sa création en 2017, Banj est devenu un lieu de rencontre entre les startups, les investisseurs, les universités, les entreprises privées, les institutions publiques et les partenaires internationaux.
Nous proposons des programmes d’incubation, d’accélération, des formations aux compétences numériques, des événements technologiques, des compétitions entrepreneuriales et des programmes d’accompagnement destinés aux jeunes entreprises.
Notre ambition est simple : faire émerger une génération d’entrepreneurs capables de créer des emplois, d’apporter des solutions aux défis du pays et de démontrer que l’innovation constitue l’une des meilleures réponses aux problèmes économiques d’Haïti.
Vous pouvez lire plus sur Banj en lisant cet étude de cas écrite par la Banque Interaméricaine de Développement (BID) sur notre Méthodologie: À la recherche d’une recette pour soutenir les entrepreneurs et entrepreneuses dans un pays fragile: https://publications.iadb.org/fr/etude-de-cas-la-recherche-dune-recette-pour-soutenir-les-entrepreneurs-et-entrepreneuses-dans-un
Nous venons de lancer la « Banj Foundation » qui permet aux entreprises, aux philanthropes et aux membres de la diaspora de soutenir une mission claire : Retirer les barrières à l’innovation en Haïti et construire une économie moderne tournée vers la prospérité. Toute personne souhaitant participer à cet effort collectif peut en apprendre davantage ou faire un don sur www.banjfoundation.org.
À quelles conditions, dans votre analyse, la Perle des Antilles peut-elle revenir dans le concert des nations ?
Je suis profondément optimiste concernant l’avenir d’Haïti.
Notre pays ne manque ni d’intelligence, ni de créativité, ni d’entrepreneurs. Ce qui lui manque le plus, c’est un environnement qui permette à ces talents d’exprimer pleinement leur potentiel.
Le retour d’Haïti parmi les nations les plus dynamiques passera par plusieurs priorités : restaurer la sécurité, renforcer les institutions, investir massivement dans l’éducation et le numérique, faciliter l’accès au financement des entrepreneurs et encourager une collaboration beaucoup plus étroite entre l’État, le secteur privé, les universités, la diaspora et les partenaires internationaux.
Mais au-delà des politiques publiques, il nous faut également changer notre récit collectif.
Pendant trop longtemps, Haïti a été présentée uniquement à travers ses crises. Pourtant, chaque jour, des entrepreneurs, des chercheurs, des artistes, des ingénieurs et des jeunes innovateurs construisent des solutions extraordinaires.
Nous devons investir dans ces bâtisseurs.
Ce sont eux qui écriront le prochain chapitre de notre histoire.
L’une des plus grandes leçons que j’ai retenues de mon expérience professionnelle au MIT est que les économies innovantes ne naissent pas par hasard. Elles résultent d’un écosystème où cinq grandes catégories d’acteurs travaillent de manière coordonnée.
Le premier pilier est celui des entrepreneurs, qui créent les entreprises et prennent les risques.
Le deuxième est constitué des universités et centres de recherche, qui produisent les connaissances, développent les talents et favorisent les transferts de technologies.
Le troisième regroupe les investisseurs et institutions financières, qui apportent les capitaux nécessaires à la croissance des entreprises.
Le quatrième rassemble les grandes entreprises, qui deviennent des clients, des partenaires ou des investisseurs stratégiques des jeunes entreprises.
Le cinquième pilier est celui des pouvoirs publics, qui créent un environnement favorable grâce à des politiques publiques adaptées, un cadre réglementaire moderne et des investissements dans les infrastructures.
Nous avons ajouté 2 autres piliers au modèle du MIT qui sont la Diaspora et les partenaires internationaux techniques et financiers qui sont une source importante de ressources pour l’écosystème local.
En Haïti, ces sept groupes d’acteurs existent, mais ils travaillent trop souvent de manière isolée. Notre défi n’est donc pas seulement de créer davantage d’entrepreneurs, mais surtout de renforcer les liens entre tous les acteurs de cet écosystème.
C’est précisément le rôle que joue Banj : créer des ponts entre les universités, les startups, les investisseurs, les entreprises privées, les institutions publiques, la diaspora et les partenaires internationaux.
Vous avez démontré, dans une démarche comparatiste, la réussite économique de plusieurs pays ayant en commun une diaspora importante et de véritables investissements dans des dispositifs et méthodes innovants. Pouvez-vous nous apporter un éclairage sur votre démonstration ?
Lorsque l’on observe des pays comme Israël, l’Irlande, l’Inde, Taïwan, Singapour ou encore le Rwanda, un constat revient systématiquement : leur diaspora n’a pas seulement envoyé de l’argent à leurs familles.
Elle a investi dans les entreprises, les universités, les fonds d’investissement, les programmes de mentorat, les réseaux professionnels et le transfert de connaissances.
Les transferts de fonds sont indispensables, mais ils ne suffisent pas à transformer une économie.
Ce qui crée durablement de la richesse, ce sont les investissements dans le capital humain, la recherche, les entreprises innovantes et les infrastructures permettant aux talents de créer de la valeur.
Haïti possède l’une des diasporas les plus importantes et les plus qualifiées de la région. Notre enjeu est désormais de transformer cette formidable ressource en véritable moteur d’investissement, d’innovation et de création d’emplois.
Nous devons passer d’une logique d’assistance à une logique d’investissement.
Qu’est-ce que Banj ?
Banj est bien plus qu’un espace de coworking.
C’est une plateforme de développement économique qui accompagne les entrepreneurs à chaque étape de leur parcours.
Depuis sa création en 2017, Banj est devenu un lieu de rencontre entre les startups, les investisseurs, les universités, les entreprises privées, les institutions publiques et les partenaires internationaux.
Nous proposons des programmes d’incubation, d’accélération, des formations aux compétences numériques, des événements technologiques, des compétitions entrepreneuriales et des programmes d’accompagnement destinés aux jeunes entreprises.
Notre ambition est simple : faire émerger une génération d’entrepreneurs capables de créer des emplois, d’apporter des solutions aux défis du pays et de démontrer que l’innovation constitue l’une des meilleures réponses aux problèmes économiques d’Haïti.
Vous pouvez lire plus sur Banj en lisant cet étude de cas écrite par la Banque Interaméricaine de Développement (BID) sur notre Méthodologie: À la recherche d’une recette pour soutenir les entrepreneurs et entrepreneuses dans un pays fragile: https://publications.iadb.org/fr/etude-de-cas-la-recherche-dune-recette-pour-soutenir-les-entrepreneurs-et-entrepreneuses-dans-un
Nous venons de lancer la « Banj Foundation » qui permet aux entreprises, aux philanthropes et aux membres de la diaspora de soutenir une mission claire : Retirer les barrières à l’innovation en Haïti et construire une économie moderne tournée vers la prospérité. Toute personne souhaitant participer à cet effort collectif peut en apprendre davantage ou faire un don sur www.banjfoundation.org.
À quelles conditions, dans votre analyse, la Perle des Antilles peut-elle revenir dans le concert des nations ?
Je suis profondément optimiste concernant l’avenir d’Haïti.
Notre pays ne manque ni d’intelligence, ni de créativité, ni d’entrepreneurs. Ce qui lui manque le plus, c’est un environnement qui permette à ces talents d’exprimer pleinement leur potentiel.
Le retour d’Haïti parmi les nations les plus dynamiques passera par plusieurs priorités : restaurer la sécurité, renforcer les institutions, investir massivement dans l’éducation et le numérique, faciliter l’accès au financement des entrepreneurs et encourager une collaboration beaucoup plus étroite entre l’État, le secteur privé, les universités, la diaspora et les partenaires internationaux.
Mais au-delà des politiques publiques, il nous faut également changer notre récit collectif.
Pendant trop longtemps, Haïti a été présentée uniquement à travers ses crises. Pourtant, chaque jour, des entrepreneurs, des chercheurs, des artistes, des ingénieurs et des jeunes innovateurs construisent des solutions extraordinaires.
Nous devons investir dans ces bâtisseurs.
Ce sont eux qui écriront le prochain chapitre de notre histoire.
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