Le Vide Suprême

 De gauche à droite, Vladimir Poutine, Donald Trump et Mojtaba Khamenei.
L’actualité liée aux affrontements dans le Golfe est l’objet d’analyses, pertinentes ou non, sur les aspects militaires, stratégiques, économiques et plus rarement humains de cette situation. Il paraît inutile d’en rajouter une couche alors que chaque jour apporte son lot d’effarements, de morts, et d’informations difficiles à vérifier. On se bornera ici à espérer qu’au plus vite les peuples iraniens, israéliens, libanais et ukrainiens retrouvent une vie meilleure. Chez nous, en France comme en Europe, on devrait faire face avec dignité aux errements des tarifs de l’essence en s’estimant heureux de ne pas être en recherche d’un abri anti-missiles.

Au-delà des puissances politiques respectives de Donald Trump, Mojtaba Khameneï ou Vladimir Poutine il existe un autre point commun entre eux, conséquence du premier : l’accumulation de fortune personnelle.

Cela semble une banalité, mais dans l’histoire, même monarchique européenne ou papale, les fortunes accumulées à titre personnel ou familial ont rarement atteint de tels volumes avec un levier identique pour chacun : utiliser le dogme populaire du pouvoir politique pour engranger. C’est d’une simplicité enfantine et vieille comme les dictatures : une fois le peuple convaincu, et éventuellement menacé, les leviers d’entreprises, de fluctuations boursières ou de simples capacités d’achat-vente viennent naturellement s’offrir à ce type de puissance politique. La matière première, produite à l’envi, reste la base de ce capital, et dans le cas de ces trois personnages il s’agit du pétrole et du gaz essentiellement. Et comme un jour sans fin, une fois le système enclenché, il s’autonourrit avec des accélérateurs ou des freins uniquement liés aux bonnes ou mauvaises décisions stratégiques. Aucune démocratie européenne prise de désir de pouvoir fascisant ne pourrait s’appuyer sur une manne de matières premières pour construire de telles fortunes issues d’une politique.

Qu’en est-il précisément ? :

Mojtaba Khameneï : 100 milliards d’€

Cette fortune est celle du long court. La République Islamique d’Iran a récupéré en 1979, date de son avènement, des ressources pétrolières correspondant à 5% de la production mondiale, et un contrôle potentiel et aujourd’hui mortifère de 20% de la circulation des tankers par le détroit d’Ormuz. Le trésor familial du « Guide Suprême » s’est construit durant ces 47 années au travers d’opérations immobilières de luxe au Royaume-Uni, en Espagne ou en Allemagne avec les inévitables comptes en Suisse et un nombre incalculable de prête-noms pour réaliser ces projets personnels. Les Gardiens de la Révolution, émanation directe de l’islamisme radical armé, et garants de la paix intérieure, ont également prospéré professionnellement et personnellement par un lien direct de management des mollah. La religion et même le fanatisme religieux n’ont qu’une valeur résiduelle dans la volonté de résistance de cette organisation.

Vladimir Poutine : 200 milliard d’€

Depuis 1999, à la suite de Boris Eltsine, V. Poutine prend un pouvoir définitif après une courte période d’intérim. La fortune monumentale de ce nostalgique de l’URSS a été construite en accéléré depuis 28 ans. Là aussi, le schéma est basé sur des justifications politiques et culturelles pour agréger un pouvoir unique et personnalisé. Au contraire de l’Iran, et même s’il y a eu un intermède Medvedev pour la forme, le maître du Kremlin a toujours travaillé le culte de la personnalité laissant un doute sur une succession. L’Iran a une file d’attente perpétuelle en fonction des décès des dirigeants, comme une sorte de pouvoir conceptuel, indépendant des personnes qui l’animent. La construction de la fortune de Poutine tient plus de la corruption systématique et du détournement de fonds que de l’investissement de type capitalistique. Une habitude prise lorsqu’il était fonctionnaire municipal à Saint-Pétersbourg, qui ne s’est jamais démentie. Les matières premières ont joué un rôle (pétrole et gaz) mais par lien maffieux avec les oligarques en charge des entreprises et non par appropriation directe. La Grande Russie et le christianisme orthodoxe russe ont servi de communication «papier peint » pour le peuple russe.

Donald Trump : +/- 10 milliards de $

Ce chiffre ferait presque passer le Président américain pour un petit amateur en comparaison des deux précédents acteurs cités. Mais ramenée au temps passé au pouvoir, la comparaison tiendrait sans doute. Imaginons que lui, puis sa famille, passent 47 ans à la tête des Etats-Unis, les 100 milliards seraient largement dépassés. Le principe est le même que les autres à savoir une main mise progressive mais certaine sur les institutions, et une personnalisation du pouvoir par l’ego mais aussi par la communication hypertrophiée et à 80% dédiée à la gloire de l’enrichissement. Le dogme ne cache plus la corruption, c’est la corruption elle-même qui devient une valeur. De ce fait, il existe une sorte de banalisation de l’excès aux Etats-Unis jusqu’à en devenir pardonnable tant le maître des lieux est omniprésent dans les foyers américains, par le biais des médias et réseaux sociaux. Nul doute qu’un citoyen moyen serait déjà en prison et pour longtemps, avec un centième des actions commises par l’équipe Trump. Le pétrole texan légendaire redevient le centre de gravité de cette construction de fortune, entre autres, et sert la légende « MAGA » par la même occasion.

Le vide suprême est atteint lorsque l’approche politique, religieuse ou culturelle d’un pouvoir est drivée par une sur-dimension de l’avidité individuelle. D’une certaine façon, la taille de la fortune devient, par son immensité dans ces 3 cas, une forme d’accomplissement juste, presque de droit divin.

L’immensité du nombre de cadavres en est en général le corollaire immédiat.


Note de l’auteur

Cet article ne représente pas une critique sur le fond des personnes publiques, mais une analyse des choses perçues, des risques liés aux communications du monde politique et des enjeux de celles-ci. Les noms cités ne le sont que pour comprendre leur impact au travers de décisions, de déclarations ou de comportements médiatisés.

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