■ Image d'illustration (DR).
Êtes-vous de gauche ou de droite ? Ce manichéisme politicien apparaît particulièrement irritant à tous ceux qui ont le sens des nuances. Manichéisme parce que pour ceux qui s’affichent de gauche ou de droite, l’adversaire politique représente en général le mal. Les plus radicaux, qualifiés d’extrêmes, se ridiculisent fréquemment dans les médias par des querelles infantiles. Bien qu’il s’agisse d’un simple spectacle politicien s’appuyant sur un scénario construit par les partis, cette manière d’embrigader les citoyens en manipulant les affects ne peut que nuire au principe même de la démocratie.
Peut-on encore être de droite ou de gauche ?
L’éclatement de la distinction gauche-droite
On sait que les notions de droite et de gauche sont évolutives. La gauche était libérale au 19e siècle et la droite étatiste. La gauche est aujourd’hui étatiste et la droite légèrement plus libérale. A gauche, la problématique écologique a fait naître une idéologie politique écologiste particulièrement interventionniste prônant réglementation, fiscalisation, interdictions. A droite, un populisme électoraliste puise dans l’interventionnisme économique social-démocrate pour recruter des sympathisants. L’antisémitisme de droite de la première moitié du 20e siècle a été remplacé par un antisémitisme de gauche avec l’importation du conflit israélo-palestinien en Occident.
La volatilité électorale n’a jamais été aussi forte. Le passage du prolétariat occidental de la gauche radicale (les partis communistes) à la droite nationaliste (Rassemblement national, MAGA, AfD) constitue une évolution historique majeure. La gauche ne fait plus rêver les travailleurs, la droite les trompe sans le moindre scrupule.
Le citoyen lambda peut parfaitement voter social-démocrate un jour et conservateur quelques années plus tard. Tout dépend des personnalités, de l’attractivité du récit politique et de la qualité du spectacle médiatique fourni.
Passion de l’égalité et « médiocrité des désirs »
Ces constatations ne plaident pas en faveur d’un positionnement droite-gauche. Seuls les militants jouent encore ce jeu-là. Mais ils sont fort peu nombreux, souvent intéressés par les postes à pourvoir et dépourvus du moindre idéalisme. L’opportunisme a toujours caractérisé les politiciens. Pour le citoyen ordinaire, les choix politiques se réalisent au coup par coup et non en fonction d’une orientation idéologique.
L’énorme masse des dépenses publiques (de 40% à presque 60% du PIB dans les pays occidentaux), financées par des impôts, taxes, cotisations et emprunts massifs, constitue l’élément central de la problématique politique. Vers qui déverser la manne ? Quelle activité favoriser ? Quelles prestations sociales verser ? Les choix politiques sont devenus des choix de dépenses très électoralistes. Les électeurs s’achètent. Diminuer les retraites, c’est perdre le vote des retraités, qui s’abstiennent très peu. Promettre une quelconque prestation sociale ou, en augmenter une, permet de gagner beaucoup de voix chez les plus défavorisés.
Les citoyens des sociétés riches observent minutieusement les prélèvements et avantages financiers étatiques les concernant. Ils comptent. Leurs calculs jouent un rôle majeur. Et pourtant, les pourcentages cités plus haut prouvent, sans la moindre ambiguïté, que nous vivons dans des sociétés socialistes. Quel paradoxe ! Jamais les citoyens n’ont été si intéressés, si pathologiquement regardants sur l’argent public reçu ou prélevé. Le socialisme, idéal politique au 19e siècle, s’est rabougri pour devenir une passion de l’égalité socio-économique. Il conduit les peuples vers l’avidité et l’égoïsme individuels. Recevoir plus en donnant moins, voilà désormais l’idéal de nombreux occidentaux dépendant financièrement de l’État. Tocqueville l’avait craint dès la première moitié du 19e siècle :
« J’avoue que je redoute bien moins, pour les sociétés démocratiques, l’audace que la médiocrité des désirs ; ce qui me semble le plus à craindre, c’est que, au milieu des petites occupations incessantes de la vie privée, l’ambition ne perde son élan et sa grandeur ; que les passions humaines ne s’y apaisent, et ne s’y abaissent en même temps ; de sorte que chaque jour l’allure du corps social devienne plus tranquille et moins haute. » (De la démocratie en Amérique, chapitre XIX)
Quelle place pour la liberté individuelle ?
En réalité, au-delà des médiocrités politiciennes, le critère politique majeur n’a pas varié depuis le 18e siècle en Occident. Il s’agit de se prononcer sur la place de la liberté individuelle. L’émergence de gouvernants dits « illibéraux » (Orban, Trump) et les tendances autoritaristes analysées dans la jeunesse par les sociologues permettent de le confirmer.
Il est évident que le positionnement face au socialisme n’est plus déterminant. Dans le domaine de l’argent public, tous les politiciens sont peu ou prou des sociaux-démocrates. Les partis conservateurs ne remettent jamais en cause l’État-providence lorsqu’ils gouvernent. Ils perdraient trop de voix.
Nous retrouvons ainsi, mais nous ne l’avions jamais quitté, le clivage fondamental entre étatistes et libéraux. Pour les étatistes l’avenir doit se bâtir par la contrainte collective. Le groupe, principalement l’État-nation, prime sur l’individu. La réglementation est leur outil juridique. Les libéraux croient en l’individu et pensent que sa liberté doit déterminer le devenir historique. Le contrat librement conclu a leur préférence. Cette problématique politique, la plus fondamentale, concerne la place du collectif et de l’individuel dans une société. Avons-nous trop basculé vers le tout collectif ou laissons-nous trop de place aux initiatives individuelles ? Question éternelle.

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