Jet d’Eau - Dans la « capitale occupée », 2eme partie

 La Maison-Blanche.

Par Paul Vallet - Historien et politologue franco-américain, résident à Genève où il est Associate Fellow du Geneva Center for Security Policy. Diplômé de, et a enseigné à Sciences Po Paris, la Fletcher School of law and diplomacy de Tufts University. Il a reçu son doctorat en histoire de l’Université de Cambridge.

La toute première chronique du Jet d’Eau il y a presque deux ans jour pour jour ouvrait l’année électorale américaine de 2024. Alors que de nombreux observateurs étrangers s’interrogeaient sur les aboutissements possibles de ce scrutin, certains étaient déjà portés, soit par affinité idéologique, soit par une analyse d’assez courte vue du paysage politique américain, à spéculer avec une certitude déconcertante sur des résultats. C’est pourquoi cette chronique s’était intitulée : « En attendant le choix des Américains ».

Réfléchissant a posteriori, et en continuant de se défier de la tendance instinctive chez Donald Trump et ses soutiens à se présenter comme une force politique et même historique invincibles, on peut encore affirmer que rien n’était écrit d’avance. Pas plus que n’est proprement écrite l’évolution future de ce régime.

Sur les intentions de Trump, le cœur politique et forcément personnel de son projet, il n’y avait pas de doute : il voulait prendre une revanche sur son échec de 2020, parce que la notion de défaite n’est pas envisageable pour un ego démesuré, et parce que l’auto-persuasion d’avoir gagné en dépit des faits était un puissant élément de motivation.

Trump ne s’est jamais départi de l’idée que les résultats de 2020 procédaient d’un complot d’abord contre sa personne, accessoirement contre ses électeurs, qu’il avait volontairement jetés contre le Capitole des Etats-Unis.

En se représentant pour 2024, Trump se posait en redresseur de torts, et il incriminait directement les réponses judiciaires faites à ses actes, qui dans son esprit ne pouvaient logiquement être qu’une persécution politique, un abus de pouvoir commis par ses adversaires, dont il contestait la légitimité même de gouverner.

C’est parce que la vengeance était si évidemment au cœur du projet politique de Trump qu’on pouvait justement imaginer, avec la même logique, que la majorité des Américains qui lui avaient ôté le pouvoir en 2020 pouvaient comprendre qu’ils étaient directement ciblés par ce projet de vengeance. Qu’ils étaient appelés à se défendre politiquement contre les rétributions promises en cas de retour de Trump au pouvoir. Il était même permis de penser que les républicains, même en constatant le pouvoir mobilisateur de Trump sur des masses d’électeurs, ne veuillent pas continuer l’aventurisme politique promis par l’ancien promoteur immobilier et star de téléréalité.

Le retour au pouvoir de Trump s’articulait certes dans ce projet de vengeance, mais il fallait d’abord regagner ce pouvoir, et pour ce faire en réunir les conditions. Ce n’était pas plus écrit d’avance que les bouleversements qui se produiraient à un rythme accéléré à la suite de la passation de pouvoir, une froide journée de janvier 2025.

Une campagne inouïe

Pendant la première partie de l’année 2024, il n’était pas acquis que Donald Trump réussisse sa campagne de réélection. Le procureur spécial Jack Smith, un vétéran des enquêtes internationales sur les crimes de guerre et crimes contre l’humanité, ainsi que ses équipes d’enquêteurs issus de la police fédérale, le FBI, comme du Département de la Justice, avaient établi de solides dossiers d’accusation mettant Trump en examen devant les tribunaux fédéraux sur plusieurs affaires :

  • la rétention illégale de documents d’archives confidentielles par Trump après son départ de la Maison Blanche, documents saisis dans son palais de Mar-a-lago par perquisition du FBI ;
  • l’incitation de l’émeute de ses partisans qui ont attaqué le Capitole des Etats-Unis le 6 janvier 2021 pour empêcher la certification des résultats.
  • Trump était par ailleurs poursuivi par l’Etat de Georgie, pour tentative avérée de subornation des autorités électorales de l’Etat pour changer les résultats, et par l’Etat de New York, pour des irrégularités de financement de la campagne électorale de 2016, notamment liée au paiements, sur les fonds de campagne, destinés à acheter le silence de Stephanie Clifford, dite Stormy Daniels, une actrice du X avec laquelle Trump avait eu une relation extraconjugale.

Du fait de ces nombreuses affaires, Trump s’est trouvé contraint de dépenser des sommes faramineuses en frais d’avocats, en suivant une stratégie consistant non pas à combattre des dossiers très bien étayés, d’autant plus que Trump soutenait être dans son droit de commettre ces abus de pouvoir du fait de ses fonctions exécutives. Il était d’ailleurs impossible de nier les contenus enregistrés de ses coups de téléphone menaçants au Secrétaire d’Etat de Géorgie, Brad Raffensperger, républicain comme lui, exigeant qu’il « trouve 11870 voix » pour faire basculer le décompte électoral dans cet Etat sudiste. Il était tout aussi impossible de nier les propos tenus en public le 6 janvier 2021 devant la foule qui allait monter à l’assaut du Capitole.

La stratégie, en définitive payante, des avocats de Trump, a consisté à souligner la dimension et l’impact politique des éventuels procès, pour parvenir à obtenir de retarder jusqu’après l’élection de novembre 2024 la tenue de ces procès. Une large partie des frais d’avocats de Trump pendant l’année électorale ont en réalité été financés sur les frais de campagne. Les donations des électeurs et organisations, jusqu’à l’été 2024, ont été essentiellement détournées à ces fins. La situation était telle qu’au début de l’été, la position financière de la campagne Trump était bien moins favorable que celle des démocrates.

La stratégie consistant à faire campagne sur le thème de la persécution judiciaire de Trump n’a d’ailleurs pas durablement détourné de lui ses donateurs potentiels. Elle a été suffisante néanmoins pour écarter tout autre concurrent à l’investiture républicaine, à commencer par celle du très ambitieux gouverneur de Floride, Ron DeSantis, qui aurait voulu se porter devant les électeurs comme étant quelqu’un capable de professer les idées populistes de Donald Trump sans porter les défauts de personnalité et le bilan judiciaire de Donald Trump. À l’orée de l’été, Trump pouvait bien espérer être confirmé par la convention républicaine, ayant distancé ses concurrents, mais il était manifeste qu’il manquait de ressources financières pour tenir la course jusqu’en novembre.

Les mois de juin et juillet ont vu un retournement spectaculaire de la situation. Les avocats de Trump ont commencé à obtenir gain de cause dans le report des procès après l’élection, aidés en cela par des juges fédéraux favorables à Trump, notamment Aileen Cannon, juge fédérale en Floride chargée de l’affaire du recel d’archives. La Cour Suprême, comptant un tiers de son collège judiciaire nommés personnellement par Trump pendant le premier mandat, a aussi résolu en faveur d’une thèse estimant que toute action d’un président en exercice bénéficie de l’immunité. Ce jugement fut rendu sans qu’une discussion ait lieu sur la véritable constitutionnalité de cette notion qu’un chef de l’exécutif américain ne serait soumis à aucune contrainte légale, notion encore jamais admise dans la pratique depuis 1788. Avec la perspective de l’éloignement des échéances judiciaires, Trump pouvait remettre ses efforts sur la campagne et remobiliser ses grands donateurs.

Ayant délibérément refusé de participer à des débats télévisés face à ses adversaires pour l’investiture républicaine, Trump s’est rendu au premier de deux débats programmés face au président Joe Biden, qui maintenait encore sa candidature. Cette confrontation sur CNN, le 27 juin, déboucha sur un substantiel retournement de fortune pour Trump. Alors que ce dernier a effectivement passé deux heures à mentir sur le plateau et à ignorer les règlements de débat qu’il s’était engagé à accepter, c’est Biden qui a été jugé perdant de la confrontation, à peine l’antenne rendue, et déchainant aussitôt une critique virulente de ses capacités intellectuelles et physiques. Une révolte des dirigeants démocrates ainsi que de leurs donateurs devait conduire à la décision de Biden, quelques semaines plus tard, de se retirer en faveur de la vice-présidente Kamala Harris.

Le 13 juillet 2024, lors d’un meeting électoral tenu en plein air à Butler, en Pennsylvanie rurale, Trump se tenant sur le pupitre d’une estrade pour haranguer une foule de supporters subit brusquement des coups de feu tirés depuis le toit d’un bâtiment de ferme voisin. Un spectateur derrière lui fut tué, deux autres blessés. Blessé d’une éraflure à l’oreille droite, Trump, qu’entrainaient ses agents de sécurité vers un abri, s’est relevé et a donné aux photojournalistes l’occasion du plus fameux cliché en contreplongée de cette élection, poing levé par défi devant la bannière étoilée flottant au-dessus de lui. Le tireur, un jeune homme plutôt connu pour ses attaches conservatrices, et équipé d’un fusil AR-15, a été promptement abattu par les tireurs d’élite du Secret Service, et n’a jamais expliqué son geste.

Le soir même, le milliardaire Elon Musk, homme le plus riche de la planète, annonçait son soutien électoral et financier à Trump, et commençait à remplir ses coffres vidés par les frais d’avocat. La semaine suivante, à la convention républicaine tenue un mois avant celle des démocrates qui devaient préparer leur candidate de rechange, Trump choisit le sénateur de l’Ohio JD Vance comme colistier. Vance, bien que lui-même populiste, avait autrefois traité publiquement Trump de fasciste, mais s’était désormais rallié à celui auquel ses électeurs vouaient un véritable culte, le prétendant sauvé de l’assassinat par une intervention divine.

Après un bond en popularité assez bref, Kamala Harris, qui choisit comme colistier le gouverneur du Minnesota Tim Walz, se trouva pourtant en difficulté face à Trump en devant assumer le bilan de l’administration sortante. Harris ne fut pas aidée par le fait que malgré sa désignation expresse par Joe Biden, une partie de l’état-major du parti démocrate rechigna à la soutenir clairement.

Les démocrates ont ainsi renoué avec leur tendance prononcée au factionnalisme, notamment entre les tenants d’un positionnement fermement à gauche, et ceux qui préféraient une expression centriste, dont Harris, ancienne procureure générale de Californie très identifiée à la lutte contre la criminalité et donc avec l’incarcération de masse, se trouvait bien identifiée. La mobilisation démocrate, en particulier touchant à son identification au bilan des années Biden, démarra sans doute trop tardivement.

La campagne Trump mettait, elle, l’accent sur le pouvoir d’achat et l’inflation, qui continuait de toucher différents produits de consommation courante depuis la perturbation des chaines de production par la pandémie. Cette perception largement partagée par les Américains fut une cruelle désillusion pour les démocrates, qui pourtant pouvaient se prévaloir du très compréhensif « Inflation Reduction Act », voté à l’été 2022 avec des voix républicaines au Congrès, qui avait fait reculer la hausse des prix de ses niveaux d’après-pandémie.

Cette déception américaine face à l’inflation explique aussi que Harris ne parvint pas non plus à mobiliser l’ensemble des factions démocrates et des électeurs indépendants, ni n’a-t-elle pu récupérer de républicains modérés marginalisés dans leur parti. Toute outrance ou contre-vérité prononcée par Trump et sa campagne semblait en revanche bénéficier d’une curieuse complaisance, parce que le public comme les médias paraissaient intégrer que cela faisait partie du personnage. Trump ne souffrit pas non plus de la façon sans vergogne dont Musk s’appropriait le contrôle financier de la campagne, se mettant même en délicatesse avec la loi lorsqu’il prétendait organiser des « loteries » sur ses réseaux sociaux offrant un million de dollars au gagnant qui s’engageait à voter pour Trump.

Au soir du 5 novembre 2024, malgré une participation électorale plutôt importante de 64,1% (en baisse de deux points par rapport à 2020), Trump avait devancé Harris avec 49,8% des suffrages, lui attribuant 312 grands électeurs, contre 48,3% des voix et 226 des grands électeurs pour la démocrate. Contrairement à 2016, Trump avait cette fois remporté le scrutin par le nombre de suffrages exprimés, et non pas seulement avec une majorité de grands électeurs.

On ne saurait trop mettre l’accent sur l’effet de sidération, peut-être encore plus considérable qu’en 2016, que cette défaite représenta pour le camp battu. En témoigne l’apathie et la torpeur des démocrates pendant les mois de la transition politique comme pendant la première partie de 2025.

Une transition au pas de charge

L’équipe de Trump avait intégré qu’une grande vulnérabilité de leur candidat s’était trouvée dans son impréparation manifeste lors de la transition de 2016-2017, et sa lenteur à nommer les membres de sa future administration. Piochant dans les rangs de la précédente administration républicaine, celle de George W. Bush, cela n’avait pas créé une équipe d’une grande cohérence, tant étaient éloignées les vues, notamment en matière de politique étrangère, entre ces républicains traditionnalistes et les « nationaux-conservateurs » que Trump prétendait représenter.

En plus d’expressément proclamer son but de se venger de ses anciens adversaires et notamment de ceux dont il estimait qu’ils lui avaient « volé l’élection de 2020 », Trump avait choisi pendant la campagne pour 2024 des proches collaborateurs soigneusement recrutés pour leur convergence de vue totale avec les siennes.

Sa directrice de campagne Susie Wiles, qui avait montré son sens de l’organisation, a été rapidement désignée future cheffe de cabinet de la Maison Blanche, un poste problématique où Trump avait épuisé quatre titulaires pendant autant d’années de son premier mandat. Des équipes ont travaillé dès l’été 2024 à la préparation de la première batterie de décrets que prendrait Trump après sa nouvelle inauguration.

Ce fut notamment la rédaction d’un ample document, le « Project 2025 » par des membres de la Heritage Foundation, think tank conservateur ambitionnant de supplanter les autres existant dans la galaxie conservatrice américaine. La révélation médiatique du contenu du « projet » pendant les derniers mois de la campagne, et notamment la perspective assumée d’instaurer un gouvernement autoritaire, avait d’ailleurs suscité de tels questionnements publics que Trump avait cru bon de prétendre qu’il ne connaissait pas les rédacteurs, et n’avait jamais entendu parler du projet. Après l’élection, il nomma pourtant le principal auteur du projet, Russell Vought, qui avait servi dans son équipe pendant le premier mandat, comme son directeur du budget et conseiller essentiel.

Trump avait aussi promis dès l’automne 2024 de remodeler le gouvernement fédéral par l’action d’un « département de l’efficience gouvernementale » (en anglais, Department of Government Efficiency, ou DOGE) qu’il allait confier au milliardaire Elon Musk. Ce dernier, en s’emparant du réseau social Twitter, qu’il a rebaptisé X, et où il a éliminé toute modération des contenus, a laissé entendre qu’il appliquerait au gouvernement fédéral ses méthodes impitoyables de réduction de couts et d’effectifs pratiquées dans ses entreprises, dont Twitter, justement, après la réussite de son OPA.

En distillant des annonces de nominations pendant novembre et décembre, Trump en est arrivé à ce que l’ensemble des personnalités de son futur cabinet soit connu à la date de la passation de pouvoir, le 20 janvier 2025. Un seul, l’ancien représentant floridien Matt Gaetz, nommé Attorney General (ministre de la justice) malgré son passé judiciaire chargé, y compris pour usage de drogue, a échoué ensuite à se faire confirmer par le Sénat. Musk, du reste, ne fut jamais obligé à une audition malgré les pouvoirs étendus que lui confiait Trump selon une simple « lettre d’intention ».

L’après-midi suivant sa nouvelle prestation de serment, tenue à l’intérieur du Capitole en raison du grand froid tombé subitement sur la capitale, et devant un parterre d’invités comprenant des admirateurs étrangers comme Eric Zemmour, et un rang des plus riches patrons des Etats-Unis, Trump a mis en scène, dans le centre de conventions de Washington accueillant sa réception de fête, la signature publique de dizaines de décrets au moyen de son gros feutre noir.

L’un de ces décrets graciait collectivement plus de 1200 personnes condamnées pour actes de violence lors de l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021. C’était la démonstration immédiate de sa prétendue toute puissance, lui permettant de qualifier de « patriotes » et de « victimes » des personnes qui avaient manifesté avec violence contre les institutions les plus sacrées de la démocratie représentative américaine.

D’un autre trait de feutre, Trump a prétendu abolir le droit du sol, qui est inscrit dans le 14ème amendement de la Constitution, pour retirer la nationalité américaine à ses bénéficiaires nés de parents étrangers, comme l’avait été son propre père. Ce décret-là devait être déclaré nul par un juge fédéral républicain nommé par Ronald Reagan, à peine neuf jours plus tard, sur la plainte collective de 22 Etats de l’Union.

Le DOGE s’est mis au travail avec une rapidité caractéristique. Son fait le plus spectaculaire fut de forcer le Département du Trésor de donner l’accès de ses bases de données du personnel fédéral comme des fichiers fiscaux et de sécurité sociale de l’ensemble de la population à ses représentants, des très jeunes cadres et ingénieurs sélectionnés par Musk dans le personnel de ses propres entreprises. Aucune de ses personnes, se voyant confier des tâches hautement confidentielles, n’a été soumise aux fastidieuses procédures de vérification des antécédents habituellement exigés des candidats à de tels postes. C’étaient les employés d’Elon Musk, et on les jugeait donc au-dessus de tout soupçon.

Aucun ordre écrit de Trump ou du Secrétaire Scott Bessent n’est venu confirmer l’autorité de ces jeunes gens à accéder aux données les plus confidentielles, simplement l’invocation verbale de l’autorité de la Maison Blanche. À partir de ce moment, licenciements immédiats comme dissolutions d’agences entières ont plu pendant des semaines. L’USAID, grande agence dédiée depuis 1961 au développement et aussi principal conduit matériel et financier de l’assistance américaine aux pays du monde entier, s’est trouvée vidée de ses personnels, et ensuite fusionnée avec le Département d’Etat, sans consultation du Congrès, dont c’était la seule prérogative d’abolir une agence qu’il avait créé par une loi.

Dans la ville de Washington et ses environs, l’impact de ces mesures fut immédiat, et fortement ressenti. Ce qui s’y déroulait n’avait rien à voir avec l’habituel « spoil system » qui voit, à chaque succession d’administration, le remplacement d’un certain nombre de cadres supérieurs dans tous les ministères, ceux qu’on appelle les « political appointees » (nominations politiques).

Non seulement ces derniers se voyaient remplacés, mais de plus, le DOGE supprimait des milliers de postes de fonctionnaires permanents des départements et agences fédérales, avec le simple objectif de faire du chiffre, en réduisant d’office le nombre d’employés. Cela avait aussi des effets économiques immédiats sur Washington et ses environs car il n’était pas aisé pour la masse des personnes licenciées de retrouver une situation en lien avec leurs compétences ou leur ancienneté.

Les conditions de cette transition sont les premiers éléments d’une « occupation de la capitale » par une administration déterminée à concentrer des pouvoirs sans limites et à briser toute objection ou opposition.

Le gouvernement par décret ne s’expliquait pas uniquement parce que cela mettait en scène la centralité de la personne de Donald Trump dans le système gouvernemental américain. L’usage du décret était défendu par une volonté de rapidité d’exécution, rapidité telle qu’on devait vite constater, au plan juridique, que certains de ces textes supposément rédigés avec soin, étaient d’une légalité si douteuse qu’elles étaient tout aussi faciles à contester devant les tribunaux fédéraux.

L’emploi du décret obéissait aussi à une considération pratique. Aux élections législatives du 5 novembre 2024, les républicains n’étaient pas parvenus à s’extraire de leur faible majorité dans les deux Chambres. Comme en 2018, l’exigence de Trump de remplacer des candidats républicains modérés par des militants de son courant MAGA n’avait pas séduit les électeurs, notamment dans les circonscriptions les plus diversifées.

À la Chambre des Représentants, les républicains n’avaient donc, de nouveau, guère qu’entre quatre et cinq sièges de différence d’avec les démocrates, et se trouvaient vulnérables à la moindre défection. Au Sénat, leur nombre de sièges identiques aux démocrates signifiait qu’il fallait recourir à un vote exceptionnel de JD Vance pour l’emporter. Il apparut du reste très rapidement que cette configuration du Congrès rendrait toujours compliquée l’adoption des futurs budgets des Etats-Unis, ou des lois de refinancement du gouvernement.

Cette situation servait d’autant plus fortement l’argument proclamé d’Elon Musk qui se disait capable de réduire drastiquement, de plusieurs milliards, et par de simples traits de stylo plutôt que la concertation politique avec le Congrès, la taille et les fonctions du gouvernement fédéral.

Le Département fédéral de la Justice, confié après l’échec de Gaetz, solidement méprisé par ses propres collègues républicains au Congrès, à une ancienne titulaire de ce même poste dans l’Etat de Floride, Pam Bondi, s’est aussi prêté à l’exercice de rapide mise au pas du gouvernement fédéral.

Alors que ce département se trouvait lui-même purgé des éléments qui avaient collaboré aux enquêtes menées contre Trump jusqu’à l’année dernière (le procureur spécial Jack Smith avait adressé sa démission avant la passation de pouvoir), il avait aussi pour mission hâtive de proclamer la légalité des actions de Musk et de son DOGE, ainsi que de toutes les décisions visant à réduire le gouvernement fédéral à la portion congrue. La nouvelle ministre de l’éducation, ancienne cadre de la fédération nationale de catch, Linda McMahon, s’est entendue dire qu’elle avait pour mission de préparer l’abolition pure et simple de son département.

Dès la mi-février la scène était établie, et la détermination de Donald Trump à se venger de l’affront de 2020, comme d’assurer une transformation radicale du gouvernement américain sans commune mesure avec ce qu’il avait fait pendant le premier mandat, étaient en train.

(À suivre…)

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