Asymétries


On parle beaucoup de guerre asymétrique dans le cas de la guerre déclenchée par les Américains et les Israéliens contre l’Iran. Ici il nous semble intéressant de nous arrêter sur cette terminologie et ses implications.

Tout d’abord parler de guerre asymétrique est une forme de truisme ; toute guerre est asymétrique car les forces en présence ne sont jamais égales. Elles peuvent être proches – effectifs militaires de taille comparables, niveau technologique équivalent, matériels similaires en quantité et qualité - mais pas égales car sinon l’assaillant – celui qui déclenche la guerre – ne la déclencherait pas. En effet s’il décide de faire la guerre c’est qu’il pense la gagner et donc qu’il pense que ses forces sont supérieures à celles de son ennemi*.

La question dès lors est celle d’une évaluation juste de l’asymétrie et de ses conséquences, et notamment des dommages que peut infliger la partie la plus « faible » à la partie la plus « forte » malgré une disproportion des moyens. La partie forte doit aussi définir le niveau de dommage qu’elle est prête à accepter surtout en matières de pertes humaines.

Ici il y a un paradoxe important : plus l’asymétrie est grande – en général en faveur de l’assaillant – moins sa victoire sera probante. En effet soit la victoire est rapide, nette et on la met sur le compte de la supériorité initiale, et il est difficile d’en tirer un quelconque titre de gloire, soit elle est plus longue à se dessiner, coûteuse en hommes, matériels et moyens, et elle apparaît très rapidement non plus comme une victoire mais comme une demie-défaite voire un échec. Les Américains sont coutumiers de ces guerres où leur supériorité matérielle et technologique était immense mais qui ont abouti à des fiascos depuis la guerre du Vietnam, en passant par l’Afghanistan ou encore l’Irak. Une des raisons principales de ces fiascos est que la supériorité présumée d’une des parties, en tout cas dans des sociétés dites démocratiques, rend encore plus insupportables les pertes pour celles-ci, même si elles sont faibles, et conduit au bout d’un moment à arrêter la guerre sous la pression des sociétés civiles.

Dans ces situations d’asymétrie le temps joue alors systématiquement en faveur de la partie la plus faible et c’est ce qui est en train de passer en Iran. Manifestement Donald Trump (et ses conseillers ?) ont sous-estimé la capacité de résistance et de nuisance du régime iranien, et sa capacité à jouer d’une dissuasion du « faible au fort », notamment en attaquant les monarchies du Golfe et en bloquant le détroit d’Ormuz.

Dans ce contexte, les scénarios possibles ne sont pas réjouissants. Soit Trump déclare une victoire (illusoire) en prétendant avoir détruit les capacités nucléaires et balistiques iraniennes, mais le régime se maintient et reste une menace permanente pour l’équilibre de la région, ce que les Israéliens par ailleurs n’accepteront pas.

Dans un second scénario Trump se lance dans une « fuite en avant » à travers des destructions massives d’infrastructures vitales pour l’Iran – usines de désalinisation, île de Kharg…- en espérant précipiter la chute du régime mais en prenant le risque d’un chaos régional car le régime iranien est prêt à tout pour assurer sa survie.

Dernier scénario : l’enlisement. La guerre se poursuit avec une intensité variable, les parties revendiquant à tour de rôle des « victoires », mais rien de décisif ne se produit, et peu à peu le conflit devient un conflit de basse intensité.

Le plus désespérant dans ces scénarios c’est que le peuple iranien continuera à payer un prix énorme à cette guerre avec sans doute le maintien au pouvoir d’un régime détestable, à moins que l’histoire nous joue une ruse et que ce peuple renverse, enfin, ce régime de l’intérieur.

*les guerres de libération nationale obéissent à une autre logique qui n’est pas celle abordée ici.

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