De l’indicible imaginaire

 Détail, Faune, cheval et oiseau, Pablo Picasso, Dessin à la plume, 5 août 1936.

Par Antoine Bourdon

Ô, les beaux théâtres des Grandes Avenues des Capitales, des figures humaines sont sculptées jusqu’au Paradis; et les ornements, et les détails et les frises, les lustres éclatants dans leur repos suspendu, de même que les attentions des peintres, dont les couleurs ont la douceur du rêve.

C’est le sommeil qui s’est éveillé dans la volonté du beau; construire un théâtre, comme un enfant désirant jouer dans la perfection de ce monde qu’il entrevoit, lors, qu’en la nuit, tout son corps étant de la détente, ses paupières closes s’éclairent, à sa conscience évanouie, les images et le mouvement et le souffle de la vie.

Dans son domaine intérieur il découvre l’indépendance d’un univers, en entier dépendant de la projection d’un je-ne-sais-quoi.

C’est le charme de l’imaginaire qui ne génère que de la réalité. Rien ne se double - à cet enfant qui le sait de tout son cœur - que de n’être que de la vie monotone, en des jours où la lumière vient, jusqu’en la lampe du soir, jusqu’en la clarté du songe, qui veille au sommeil indolore.

«Le voyez-vous», se demande-t-il, «le satyre devant moi, quand la nuit recouvre ma vue?»; «Sont-ce des jambes de bouc, vraies, et de réelles cornes, comme dans la vie?». Et rien ne l’inquiète moins que de ne s’en convaincre que de sa Joie.

Si le jour dissipe de son action (de son bruit où se mêle l’éclairage de l’astre revenu) le secret de cette projection onirique, l’enfant sait déjà que ce monde n’est qu’Un; il y a de ces choses ce qui s’épouse sans que l’on en compte deux entiers.

Et cela, c’est l’existence, cela, cela même qui nous anime de la vie, qui donne la force du nécessaire; nous la croyons fraction de joie, d’un monde qui dépasse le tout petit que nous sommes.

«Comment de cette créature entrevue, retrouverais-je l’étendue? La cour et le jardin, derrière, ne m’offrent-ils un lieu propre, à tenter de revoir comme de mes yeux le rêve?» Ainsi le satyre, dans les pâles traits inexistants d’une hallucination désirée, lui paraît, à l’ombre des glycines, qui suspendent, en odeurs, les élongations coniques dans la délicatesse du violet; ô riant jardin à l’extrémité de la cour.

«C’est l’été, voilà que la fraîcheur de l’abri se comprend.», que l’enfant raisonne sans n’entendre le mot; il en sait, d’anticiper de son expérience de vivre, la cohérence de la situation.

«Est-il blessé? médite-t-il seulement, dans l’ombre le jour?»

Venant auprès de lui, le soigner… ou du moins le voir, et savoir comment de son instinct, cela peut vivre - comme de son amour qui retrouve à l’extérieur, l’idée de sa joie, que le rêve découvrit de son intérieur.

Lorsque l’élan le prend d’adresser un fin murmure de vérité, à la créature imaginaire, l’enfant de son éveil se confit comme de son secret. L’excitation s’émeut dans le rythme de son souffle, qui bat de la mesure du sang; «Le satyre s’est montré, je lui dis de ce que l’on se connaît, comme d’une même vie, comme d’un secret, dont on peut enfin communiquer.» Il y pense, sachant que de l’indicible noue leur complicité.

Savante petite personne qui s’ignore jusqu’au dénouement, par la seule grâce que d’être à sa joie. La mère au loin de sa fenêtre regarde pour elle ce cher jouer, d’un silence qui peut-être

s’attendrirait d’en connaître également la fin - la même peut-être, qui sait? - de ce théâtre immense que sont les situations de vivre.

Il est midi. La main encore pleine de farine sort tirer la ficelle de la clochette : il est midi, les galettes sont prêtes; et si le jeu peut bien se remettre une autre fois, c’est que c’est tout du monde qui existe : il n’y a rien qui remplace ce que de la joie, l’idée de la parfaire, est; l’amour est de l’unique comme le monde des mondes.

Ô, les beaux théâtres des Grandes Avenues des Capitales, des figures humaines sont sculptées jusqu’au Paradis…

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