La France dans le monde libre en 2025

 Image d'illustration (DR).

Par Patrick AULNAS - Diplômé d’études supérieures de droit public, ancien professeur agrégé d’économie-gestion, Patrick Aulnas est aujourd'hui blogueur et essayiste.

L’expression monde libre est obsolète. Elle était couramment utilisée dans les décennies de la guerre froide (1945-1990) pour qualifier les pays démocratiques, principalement occidentaux. Mais le monde libre n’a pas disparu. En font partie tous les États-nations attribuant à leurs ressortissants les libertés fondamentales : sécurité des personnes, expression, religion, association, vote, liberté d’entreprise, droit de propriété. La culpabilité occidentale, « le sanglot de l’homme blanc », a été tellement entretenue par l’intelligentsia qu’il n’est plus possible de valoriser notre civilisation.

Voilà une erreur historique majeure des démocraties. Se lamenter sur ses fautes (surexploitation des matières premières et des énergies fossiles, domination économique brutale, colonialisme et même racisme selon les plus extrémistes, etc.) ne permet pas de transmettre ses valeurs. Or, dans une humanité où persistent les pouvoirs autoritaires les plus sordides (Corée du Nord, Russie, Iran, Chine), le monde libre représente un espoir, une lumière dans les ténèbres des tyrannies.

Le Cato Institute, considéré en général comme un think tank libertarien, publie régulièrement une étude intitulée The Human freedom Index. Cette analyse mondiale du niveau de liberté permet de classer les pays en fonction d’un indice synthétique, l’indice de la liberté humaine, reposant sur 87 indicateurs de la liberté. Tous les aspects de la liberté sont pris en compte, depuis l’existence d’un État de droit jusqu’aux libertés économiques en passant par le poids de la réglementation. Il s’agit de l’analyse la plus complète dans ce domaine.

Le monde libre

La dernière publication date de 2025 et porte sur les informations de l’année 2023. Le panorama d’ensemble apparaît globalement sans surprise comme le montre le carte suivante, extraite du rapport :


Le monde libre, représenté avec la tonalité la plus foncée, comprend l’Amérique du Nord, l’Europe de l’Ouest, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon, la Corée du Sud et Taïwan. Le score de l’Amérique du Sud est plus contrasté. Russie, Afrique, Moyen Orient et Asie demeurent très éloignés de la liberté humaine.

165 pays ont été étudiés. L’indice synthétique (Human freedom index) varie de 9,15 pour la Suisse (1ère) à 3,27 pour la Syrie (dernière). Les États-Unis obtiennent 8,71 (15e), l’Allemagne 8,67 (17e), le Royaume-Uni 8,60 (19e), la Chine 4,93 (149e), la Russie 4,86 (152e).

Le monde libre s’est créé en deux siècles seulement. Il faut avoir une perception historique de l’aventure de la liberté et comprendre qu’à la fin du 18e siècle la liberté individuelle était un sujet de philosophie politique mais pas une réalité. Le pessimisme occidental actuel n’est pas de mise.

La France, élève moyen

La France se place au 33e rang avec un score global de 8,18. Dans l’Union européenne, seuls les anciens pays communistes sont plus mal classés. L’analyse fine des résultats permet de comprendre. Le score global de la France a évolué à la baisse depuis l’année 2000 (de 8,59 à 8,18) alors que certains pays ont vu leur score augmenter. L’élément le plus faible est la liberté économique (7,39) qui pénalise notre pays par rapport à ses voisins d’Europe de l’Ouest.

Il n’y a pas vraiment de surprise à cet égard. La manie réglementaire de l’Union européenne est encore plus accentuée en France et le poids de la technostructure publique y est considérable. La France est également réputée pour l’efficacité de ses prélèvements obligatoires reposant sur des structures diverses (ministère des Finances, Urssaf, etc.). L’INSEE confirme que le poids de l’État-providence est supérieur en France puisque les prélèvements obligatoires y sont les plus élevés de l’UE : 45,6% du PIB en 2023. L’Allemagne est à 40,3% et l’Irlande à 22,7%.

La France a donc choisi l’égalisation socio-économique par la contrainte financière généralisée sur les citoyens. Mais l’efficacité de la dépense publique (56,9% du PIB en 2023) est aujourd’hui questionnée. Cela n’a rien de surprenant : le système prélèvements-dépenses n’a pas pour priorité l’efficacité car des choix électoralistes sont fréquemment à la base des décisions. Tôt ou tard, il faudra redonner plus de liberté aux citoyens puisque l’accumulation d’une dette publique incontrôlée constitue une impasse du tout politique.

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