■ La Maison-Blanche.
Par Paul Vallet - historien et politologue franco-américain, résident à Genève où il est Associate Fellow du Geneva Center for Security Policy. Diplômé de, et a enseigné à Sciences Po Paris, la Fletcher School of law and diplomacy de Tufts University. Il a reçu son doctorat en histoire de l’Université de Cambridge.
Le premier mois de 2026 a vu une saturation de l’actualité que Trump a tenté d’occuper à force de différents « coups » :
Raid militaire américain du 3 janvier sur la capitale du Venezuela, Caracas, pour y capturer le président chaviste, Nicolas Maduro, qui a été inculpé de trafic de drogue en direction des Etats-Unis ;
Opérations de plus en plus violentes de la police fédérale de l’immigration envoyée à Minneapolis, capitale du Minnesota, où deux manifestants ont été froidement abattus par ces policiers indisciplinés ;
Crise transatlantique aigüe après la volonté annoncée par Trump de s’emparer, par la force si besoin était, du Groenland, territoire danois, dont il revendique la propriété pleine et entière pour des raisons de « sécurité nationale » ;
Venue tonitruante de Trump au Forum économique mondial de Davos pour y prononcer un discours fleuve et auto-congratulateur sidérant pour l’audience ;
Mini krach boursier provoqué par l’accumulation de risques d’affrontement sur le Groenland aussi bien que la volonté de Trump de se débarrasser du gouverneur de la Federal Reserve pour fixer lui-même la politique monétaire ;
Lancement par Trump, toujours à Davos, du fameux « Conseil de la paix », censé se substituer aux organisations multilatérales et aux consultations diplomatiques ordinaires, à condition que les dirigeants mondiaux y achètent leur siège pour un milliard de dollars ;
Pour finir, amorce d’une nouvelle crise au Moyen Orient avec la menace de frappes militaires sur l’Iran afin de le forcer à négocier son désarmement…
En lien avec cette première année du second mandat Trump, le Jet d’Eau se propose, en se détachant de l’actualité immédiate et tourbillonnante mentionnée ci-dessus, de faire une rétrospective de ce qui a marqué ce retour au pouvoir.
Vous allez pouvoir lire une succession d’articles, partant des impressions recueillies lors d’une visite à Washington en novembre dernier, puis d’un rappel des conditions de la campagne électorale de 2024, pour se poursuivre avec les évènements de l’année 2025.
Les « montagnes américaines »
L’occasion d’un séjour d’une dizaine de jours dans la capitale fédérale des Etats-Unis pendant les fêtes de Thanksgiving marque donc la reprise des chroniques du Jet d’Eau, interrompues depuis plusieurs mois dans Le Contemporain. Cette chronique qui va contenir un certain nombre de réflexions sur la vie politique américaine, ainsi que son impact à l’international, a nécessité un temps de réflexion, de maturation de celles-ci, pour être enfin rédigée.
La conception de cette chronique a en réalité démarré dès la seconde partie de l’année 2024, c’est-à-dire dans les derniers mois de la campagne présidentielle américaine de cette même année. Le 5 novembre 2024, une majorité d’électeurs américains a choisi de renvoyer Donald Trump, malgré son lourd bilan politique et judiciaire précédant, vers la Maison Blanche. Trump occupe celle-ci depuis le 20 janvier 2025.
Les hauts et les bas de cette campagne présidentielle ont été suivis, ces derniers mois du second mandat de Donald Trump, par d’autres. Les obstacles, les difficultés, les incertitudes qui se sont accumulés en concert avec une communication frénétique, annonçant sans cesse de nouveaux changements, pas toujours suivis d’effet, ont d’abord fait songer à un titre tel que « Montagnes américaines ».
C’est en pensant au mot d’un des éphémères premiers ministres français de l’année passée, François Bayrou, qui évoquait l’exercice du pouvoir en France comme un « Himalaya », qu’il a paru que les Etats-Unis faisaient face à un défi pas moins similaire, justifiant cette métaphore.
Les réflexions sur les évènements survenus pendant la campagne, aussi bien que pendant la première année de ce nouveau mandat et enfin cette semaine passée, ont conduit à ce nouveau titre : « Dans la capitale occupée ».
Occupée, la ville de Washington ne l’a été, pendant son histoire remontant à 1790, qu’assez brièvement. En août 1814, pendant la « Guerre de 1812 » opposant de nouveau les Etats-Unis à la Grande-Bretagne, les troupes britanniques, débarquées depuis la baie de Chesapeake ont effectué un raid terrestre, capturant et incendiant la ville, d’où l’administration du président James Madison a dû s’enfuir en toute hâte. Plus tard, entre 1861 et 1865, on a aussi assisté à une forte présence militaire dans la capitale, américaine et fédérale cette fois, parce qu’elle se situait pratiquement sur la ligne de front de la Guerre de Sécession.
L’occupation dont il va être question ici est de très différente nature. Il s’agit de comprendre qu’un homme, et ses associés politiques, se sont installés ici au pouvoir. Si ce pouvoir se prévaut d’un mandat électoral, il n’en est pas moins très problématique, tant il tord, voire rompt avec, toutes les règles ordinaires : celles de la Constitution des Etats-Unis, celles de la tradition politique du pays construite sur 249 ans, celles du droit ordinaire américain, celles du droit international auquel les Etats-Unis ont concouru à l’établissement dans le passé.
Enfin, il y a bien à Washington depuis quelques mois une sorte d’occupation militaire qui elle aussi a revêtu un caractère extraordinaire et tranche avec les règles de gouvernance de ce territoire fédéral d’exception qu’est la capitale, mais qui est aussi une ville, peuplée d’habitants américains et étrangers, dont les droits politiques se trouvent remis en question parce que l’homme qui a ordonné cela veut y affirmer son pouvoir, et surtout la notion que son pouvoir ne saurait être limité par des droits, des traditions, ou des contre-pouvoirs.
Thanksgiving 2025 : le désarroi de la ville « occupée »
À l’arrivée à l’aéroport international Dulles de Washington, l’habitué de ces voyages peut actuellement être saisi par une scène qui rompt avec celles, familières, du passé : la foule des voyageurs débarquant attendant de pouvoir passer le contrôle de la douane américaine, divisée en groupes distincts de citoyens américains et les détenteurs de passeports étrangers.
Pour la première fois en bien des années, on constatait que les Américains étaient bien plus nombreux que les étrangers, et en conséquence, ils étaient obligés d’attendre plus longuement que les autres de passer ce contrôle attentif. Encore y avait-il, à cette époque, la chance que le shutdown du gouvernement fédéral ait pris fin deux semaines plus tôt, qui avait tellement clairsemé les rangs des officiers des Customs and Border Patrol qu’il fallait, d’après un autre témoignage lu à cette époque, plusieurs heures d’attente pour être admis et aller récupérer ses bagages pour poursuivre le voyage.
Sur la route vers la capitale, les chauffeurs de taxi confirmaient les impressions qu’on pouvait retirer de ce constat d’un faible nombre de visiteurs étrangers à l’arrivée. À les entendre, la saison touristique de Washington en 2025 a été fort mauvaise, et a confirmé certains des pires pressentiments manifestés en début d’année. Les visiteurs étrangers, soient qu’ils craignent des contrôles tatillons et intrusifs, notamment de leurs historiques téléphoniques et numériques, mais aussi échaudés par la perception d’une xénophobie intense qui a pris le pouvoir, préfèrent ne pas venir du tout à Washington.
Par ailleurs, cette baisse du tourisme concerne aussi les Américains. Encore selon des témoignages, une partie consiste dans le fait que les personnes s’identifiant à l’opposition politique à Trump ne veulent pas venir en visite dans la capitale tant qu’il l’occupe. De façon fort ironique, parmi ceux qui soutiennent politiquement le trumpisme, beaucoup auraient pris au mot les affirmations de Trump que Washington est une ville dangereuse du fait de son niveau de criminalité supposé aberrant, et qu’il ne vaut donc mieux pas se rendre sur les lieux tant que la pacification promise par le déploiement des Gardes nationaux ne serait pas proclamée.
Approchant de la ville par la rive virginienne du Potomac, les monuments familiers apparaissaient dans le ciel clair d’un après-midi d’automne, mais il y avait quelque chose d’insolite, notamment à la vue du John F. Kennedy Center for the Performing Arts, qui paraissait changé. Sur ordre de Trump, ses grandes colonnes cuivrées qui enserraient le grand bâtiment blanc avaient été repeintes… en blanc, justement, pour ne pas jurer avec le reste. Cela, c’était quelques semaines avant que l’on ne renomme ce qui fait office de grand théâtre, d’opéra et salle de concert classique à la capitale, en gravant le nom de Trump devant celui de Kennedy dans le marbre de la façade.
Pendant cette semaine de Thanksgiving, la capitale paraissait calme, et ce bien que la première partie se soit caractérisée par de belles journées ensoleillées au temps plus doux que la moyenne saisonnière. Donald Trump était déjà parti en Floride, JD Vance également avait quitté la ville, de même que le Congrès. L’empressement à servir du personnel hôtelier comme de celui des restaurants rappelait aussi que pour ces derniers, la saison et la fréquentation étaient décevantes.
En descendant dans un établissement situé au cœur de la capitale, on se trouvait à une courte distance à pied de tous les grands monuments et musées concentrés sur l’axe célèbre du National Mall. Les musées de la Smithsonian, certes, n’étaient pas déserts, leur gratuité et leur diversité attire toujours les visiteurs et les familles. Certains ont poursuivi, ces dernières années, des rénovations de leurs présentations, comme le National Air and Space Museum où l’on a procédé tranche par tranche du bâtiment ; la toute dernière devrait compléter ces expositions en 2026. D’autres musées, y compris ceux qui sont dévolus aux Amérindiens ou aux Afro-Américains, évoluent dans l’incertitude car JD Vance, grand pourfendeur du supposé « wokisme » dans ces institutions culturelles nationales, a été placé au conseil d’administration de la Smithsonian pour passer en revue tout ce qui semblerait, dans les expositions et collections, contredire un récit univoque sur la grandeur de l’Amérique.
Un pouvoir abrité derrière des barricades
Il était marquant aussi de se rendre vers le Lafayette Park, qui fait face à la façade nord de la Maison Blanche. À la façon du Hyde Park Corner de Londres, c’est d’habitude un haut lieu de rassemblement, y compris pour y avoir la liberté de crier ou de brandir des slogans en direction du siège de la présidence. Le parc, qui abrite des statues des alliés européens de l’indépendance américaine, le marquis de La Fayette donc, mais aussi Tadeusz Kosciuszko, comporte aussi en son centre une statue équestre d’Andrew Jackson célébrant sa victoire sur les Britanniques à la Nouvelle-Orleans en janvier 1815. Il est aussi croisé perpendiculairement à son entrée nord par la 16ème rue, sur laquelle, pendant le premier mandat de Trump, « Black Lives Matter » avait été peint en lettres géantes par la municipalité de Washington.
Ce slogan a d’ailleurs disparu aujourd’hui. Avant de revenir le 20 janvier 2025, Trump avait fermement indiqué, appuyé par ses majorités au Congrès qui ont autorité sur la capitale fédérale, qu’il devrait être retiré. La maire de Washington, Muriel Bowser, a transigé en faisant opportunément recouvrir ce slogan par un passage piéton pourvu d’un îlot en milieu de rue…
Pourtant la circulation n’est guère importante sur ce carrefour. C’est que Lafayette Park, ainsi que tout le périmètre autour de la Maison Blanche, est désormais largement fermé à l’accès, aux véhicules et mêmes aux piétons. Des barrières métalliques enserrent le parc et en bloquent certaines issues situées de chaque côté. On peut, à la rigueur, traverser le parc pour s’avancer aux bords de l’esplanade devant la Maison Blanche. Un monsieur s’y est installé avec un panneau célébrant l’amitié et la tolérance entre les peuples, et pour cela il diffuse sur un transistor les hymnes nationaux des pays du monde.
On ne peut pas bifurquer sur la gauche de la Maison Blanche et se diriger, sur ce qui devrait être une section piétonnisée de longue date de Pennsylvania Avenue, vers la façade du Département du Trésor. Les barrières bloquent complètement cette partie à toute personne non autorisée. C’est qu’il s’y trouve désormais un chantier de construction. Agissant sur sa seule initiative et outrepassant aussi bien l’avis du Congrès que de la Commission des monuments historiques nationaux de la capitale, Trump a fait raser au bulldozer, fin octobre, « l’aile Est » de la Maison Blanche, où se trouvaient différents bureaux de l’exécutif mais aussi l’entrée principale des invités et visiteurs. Trump prétend construire à la place une grande « salle de bal » dont il dit que la Maison Blanche aurait besoin. Les barricades autour du chantier empêchent donc tout manifestant de s’en approcher.
L’atmosphère est toute différente sur Capitol Hill, bien que le siège du Congrès ait été, le 6 janvier 2021, le théâtre d’un assaut en règle monté par les partisans de Trump, furieux de sa défaite à l’élection de 2020. Alors que les abords de la Maison Blanche sont désormais tellement fortifiés qu’on est saisi de souvenirs de ce qu’était le Mur de Berlin pendant la Guerre froide, le Capitole, lui, ne s’embarrasse pas plus de barrières ou de présence policière sortant de l’ordinaire des trente dernières années. La défense du pouvoir législatif entre bien moins dans les priorités de l’administration que celle de l’exécutif, qui, au contraire, se bunkérise.
Bien que Trump ait proclamé pendant l’été 2025 que la capitale fédérale était gangrénée par le crime, la mendicité et les ordures, et qu’il ait donc décidé de déployer des militaires de la Garde nationale pour y remédier, on n’apercevait guère ces soldats en uniforme, dont la venue a été très modérément appréciée par les habitants. Comme dans les autres villes visées par ce genre de mesure, c’est-à-dire Los Angeles, Memphis, Portland, Chicago, Charlotte, La Nouvelle-Orléans, les autorités ont dénoncé une vision fallacieuse de la situation sécuritaire dans la capitale. En fait de Garde nationale, le contingent d’ici s’est avéré être en majorité tiré d’unités locales du District de Columbia, et de plus petites compagnies fournis par cinq Etats du Vieux Sud, sous gouvernement des républicains. Pendant différentes déambulations à pied dans la capitale, on ne rencontre en fait aucune patrouille militaire.
Jusqu’au drame du 26 novembre. Sortant la station de métro Farragut West, à 500 mètres au nord de Lafayette Park et de la Maison Blanche, une escouade de Gardes nationaux de Virginie-occidentale s’est fait tirer dessus à bout portant par un homme seul. Deux jeunes gardes ont été atteints en pleine tête. La spécialiste Sarah Beckstrom, 20 ans, est décédée dès le lendemain soir, son chef de section le sergent Andrew Wolfe est resté dans le coma.
La première réaction de Trump, depuis Mar a lago, a été de juger que la violence de la capitale dont il parlait était un fait, et que ces meurtres étaient surement le fait d’opposants radicaux à sa politique. Il a donc ordonné immédiatement un renfort de 500 gardes nationaux supplémentaires dans Washington. Puis l’on a appris, du fait de l’intervention rapide de la police locale (personnellement vécue, puisque je me trouvais dans la rue, de l’autre côté du pâté de maisons au site de la fusillade), que le tireur était un ressortissant afghan, qui avait vu son statut de réfugié politique confirmé ce printemps même par l’administration Trump. C’était un ancien supplétif de la CIA qui avait été évacué aux Etats-Unis avec sa famille au moment de la chute de Kaboul en 2021. Il habitait la région de Seattle et avait traversé l’ensemble du pays en voiture pour venir tuer des gardes nationaux à Washington.
Cet attentat a sans conteste assombri la célébration de Thanksgiving dans la capitale et ailleurs dans le pays. Le retentissement en Virginie-Occidentale, notamment, a été immense. Trump a surtout ramené l’évènement à lui, faisant observer avec son dédain habituel que s’il s’y rendait, ce n’était pas pour rendre hommage aux victimes ,mais parce que l’Etat a massivement voté pour lui en novembre 2024. Pour ce qui est de Washington, l’opinion, toutes tendances confondues y compris la mairie opposée au déploiement militaire, y était très abattue, particulièrement attristée que ces gardes qui s’étaient portés volontaires pendant un weekend férié y aient trouvé la mort. Comme pour marquer le changement d’humeur, alors que les journées précédentes avaient été d’un temps et d’une température douce pour la saison, une vague de froid polaire s’est présentée.
L’occupation de la capitale américaine y a surtout affecté l’atmosphère et nourri la sinistrose des habitants. Les barricades autour de la Maison Blanche parlent d’un pouvoir pas si assuré de sa stabilité, craignant pour sa sécurité physique, se sentant en territoire ennemi. Il n’est pas question de tendre la main, de rechercher un contexte plus consensuel, ce serait, pour ce pouvoir, faire preuve de faiblesse. La faiblesse n’est jamais reconnue dans ce groupe-là.
Thanksgiving 2025 : morne économie
Ce qui a frappé aussi pendant ce séjour à Washington à l’époque de Thanksgiving, c’est la place de l’économie dans les bulletins d’information télévisés. C’était, hormis la couverture de l’attentat, le sujet essentiel qu’on trouvait sur pléthore de chaines locales et nationales, conservatrices ou progressistes.
Comme on en parlera dans un billet suivant, cette période suivait de deux semaines la fin d’une fermeture historiquement longue, faute d’accord budgétaire, du gouvernement fédéral, ce qui a eu des incidences économiques certaines. Ce novembre, on commençait réellement à faire le bilan de la première année du second mandat Trump, alors que l’économie était présentée comme la principale raison de sa victoire électorale un an auparavant. Trump s’était d’ailleurs empressé de prétendre, avant de partir en congé, que les Américains verraient les bénéfices de sa politique à Thanksgiving, et pour leurs achats de Noël qui commencent immédiatement après avec le fameux « Black Friday », lendemain du jeudi d’action de grâces.
C’est donc cette nouvelle que les journalistes se sont empressés de décortiquer pendant toute la semaine. Était-ce donc vrai que l’inflation était éradiquée, que le pouvoir d’achat populaire avait progressé, y compris en raison des guerres commerciales lancées contre le monde entier depuis le printemps ?
Même les journalistes conservateurs ont tendu à afficher un certain scepticisme, ce n’était tout simplement pas l’opinion majoritaire des Américains qu’ils interrogeaient à ce sujet. Beaucoup estimaient, avant de préparer le grand repas traditionnel, que le prix des aliments courants restait bien supérieur à ce qu’ils souhaitaient. Certains magasins proposaient des formules qui se voulaient encore proche des prix de l’année précédente, en altérant la gamme des produits et leurs quantités. Des études comparatives ont conclu que pour tous les ménages aux revenus bas ou moyens, en dessous de 50000 ou 100000 dollars annuels, leur pouvoir d’achat pour Thanksgiving avait régressé ou stagné. Seuls les revenus supérieurs pouvaient se féliciter d’une progression de 16%...
On a attentivement regardé le chiffre des ventes du Black Friday : elles ont pu être supérieures à l’édition 2024, mais parce que les commerces ont consenti des rabais, parfois à 50%, en quantités inédites, et ce grâce à des stocks acquis à la hâte, y compris et surtout en Chine, avant l’entrée en force pendant l’été des nouveaux tarifs douaniers. L’exercice, tous en convenaient, serait difficile à rééditer, d’autant aussi que le chômage accusait une remontée en général pour atteindre 4,8%. Cela ne se voyait pas tant dans le chiffre de croissance du troisième trimestre mais a été avéré à la fin de l’année.
Entendons bien que les Américains, au final, n’ont pas donné l’impression de se priver pendant les fêtes. Thanksgiving est une célébration, après tout, de l’abondance et un remerciement à la faveur divine qui l’a permise. De nombreux Américains ont même passé ce fameux repas au restaurant. Il se trouve que c’était la formule choisie par mes amis et moi pour cette année, et nous étions entourés de tablées fort joyeuses, ne manquant de rien. On n’a pas même vu de ces fameuses algarades familiales qui font souvent le sujet des comédies situées autour de Thanksgiving. Peut-être qu’en public, on est moins porté aux déballages privés qui sont le lot des fêtes à domicile. Après la tristesse de la veille autour de l’attentat, cette sérénité ne paraissait pas un luxe.
Ce séjour à Washington s’est aussi terminé comme à l’arrivée, un départ où l’aéroport ne semblait pas surpeuplé de personnes sur le retour après les congés. Beaucoup avaient, il est vrai, différé des voyages en raison de conditions météorologiques désormais plus hivernales. Il reste que cela a été un séjour marquant, bien contrasté avec les précédents d’autres années. Le calme étrange de la capitale donnait moins l’impression d’un ordre restauré que d’une situation fabriquée, inhabituelle, et quelque peu artificielle. Comme si, au fond, quelque chose ne tourne pas très rond dans l’Amérique du second mandat Trump.
(À suivre…)

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