Les Chroniques terriennes de Michel Dray : « L’Histoire n’est qu’une fille de joie prête à coucher avec la première guerre venue », Pierre Dac

 Michel Dray.
 
Montaigne aimait à dire qu’il n’enseignait pas, mais racontait. Avec sa « chronique terrienne », Michel Dray, en sa qualité d’historien, raconte « son » époque, avec humour et parfois avec dérision.

Aujourd’hui : « "L’Histoire n’est qu’une fille de joie prête à coucher avec la première guerre venue", Pierre Dac ».


Il existe, selon moi, trois types d’individus. Les Bornés, attachés à leurs convictions comme la moule à son rocher, les « Infusés de la Science », qui, par leur seule présence sur terre se croient responsables de la « marche du Temps », enfin les Fatalistes, sorte de voyageurs immobiles. Je schématise, sans doute, mais à 72 ans il faut aller droit au but. Notre humanité se balade, cahin-caha sur ce foutu rafiot qu’on nomme « Histoire ». Socrate, Érasme, Camus — pour ne citer que les premiers de la classe à mes yeux — ne revenez pas sur terre, les hommes sont si fous, qu’ils ne vous écouteraient même pas. Bornés, Infusés de la Science, Fatalistes, une certitude : vous n’êtes qu’aveugles et sourds. Pour preuve l’exemple iranien.

Petite revue de détail.

1 - Les Bornés. De gauche ou de droite, ils sont animés par le seul souci de vendre leur image de marque. Gaza aura été leur grand-œuvre. Semaine après semaine, ce ne furent que rassemblements, drapeaux blanc-vert-noir hissés à bras-que-veux-tu, mains peinturlurées, âmes survoltées et slogans bien articulés, contre drapeaux israéliens, et éructations contre la reconnaissance de la Palestine n’hésitant pas à amalgamer les tueurs du Hamas avec le peuple palestinien. Pour tout dire, Gaza est le plus grand terrain de jeu idéologique de ces deux dernières années où chacun s’ébrouait avec moult insultes, antisémites chez les uns, identitaires chez les autres, sans s’occuper des populations proprement dites. L’Iran ? Trop inflammable. On parle, on ergote, on suppute, il n’empêche : par dizaine de milliers la jeunesse iranienne tombe sous les balles islamistes, sacrifiée qu’elle est sur l’autel des « idéologies occidentales »

2 - Les infusés de la science. Je n’ai rien contre les journalistes, mais beaucoup contre les gourous. Sur les chaînes d’information continue, c’est toujours la même chose. On vous explique que… On vous démontre que… On vous dit « qu’il n’y a qu’à » On pense « qu’il faut que » … Sur fond de mise en scène largement entrecoupée de spots publicitaires, on vous parle de l’Iran qui « vacille » , de Trump, cet adepte de la gonflette médiatique et d’une Europe surjouant ridiculement « À la recherche de l’Armée perdue » la Présidente de l’UE remplaçant le mythique Harrison Ford. De gauche à droite, ce sont les mêmes textes, de droite à gauche les mêmes images. Parfois un ou deux coups de gueule. Entendez-les ces présentateurs starisés qui vous disent, avec toute la gravité dans la voix « qu’ils nous informent minute par minute de la situation ». L’information se « nexflise », Trump, Khamenei dans les rôles principaux, les puissances asiatiques en embuscade, et l’Europe en figuration. Comment pourraient-ils faire autrement s’ils ne veulent pas que les contrats publicitaires aillent chez les concurrents ? À les écouter, je ne peux m’empêcher de penser aux médecins de Molière. L’important n’étant pas de comprendre mais de savoir.

3 - Les fatalistes. Ni spécifiquement de droite pas plus qu’ils ne sont de gauche, ils regardent le monde avec une certaine nonchalance comme on regarde les nuages de son hublot. Pour eux les crises, les révolutions, les bouleversements, tout cela fait partie de « l’ordre des choses » Gaza, Iran, Afghanistan, l’Afrique, les pétromonarchies, narco-nations, Netanyahou, que pouvons-nous y faire. Manifester ? Ça n’a jamais fait tomber un régime. Alors, presque par réflexe de couardise, on regarde piteusement ses souliers.

Le Courage n’est pas une posture, c’est un engagement.

Je m’aperçois tout à coup, que j’ai oublié de dire qu’il existe un quatrième type d’être humain : les Courageux. Il faut dire qu’ils détestent se faire remarquer. Leur personne compte moins que leur idéal. Plus de 30 000 jeunes Iraniens ont été fauchés à la mitrailleuse. Ils me rappellent ces jeunes Résistants qui chantaient la Marseillaise en allant au poteau d’exécution, puis de crier « vive la France » en tombant sous les balles nazies. Le courage ça n’est pas une posture, c’est un engagement.

Une petite fille sortie de l’enfer.

Je terminerai cette chronique par une histoire émouvante. Wateen, une gamine de quatre ans, vivant à Gaza et atteinte d’une cardiopathie sévère risque de mourir si elle n’est pas opérée rapidement. Ofer Bronstein et ses « faiseurs de paix » ont remué ciel et terre pour que l’enfant puisse sortir de l’enfer et se faire soigner à Paris. C’est aujourd’hui chose faite. D’autre n’auront pas cette chance. J’apprends aujourd’hui même qu’un enfant en insuffisance rénale sévère est décédé ce matin. Il a attendu des autorités du gouvernement Netanyahou — et j’insiste pour dire qu’il ne représente plus le peuple israélien — une autorisation de sortie …qui n’est jamais venue.

Parce que je suis juif la colère me prend plus que de raison. Les israéliens et les Gazaouis ont un point en commun : ils sont pris en otages par une poignée de fanatiques sans foi ni loi. Je vous entends déjà : le Hamas n’a rien à voir avec les ultra-religieux israéliens. La méthode n’est pas la même, je vous le concède, mais le résultat est identique : antisémitisme chez l’un, suprémacisme chez l’autre. Netanyahou et sa folie annexionniste a ouvert une très dangereuse boîte de Pandore car comment un enfant qui voit sa maison détruite n’emmagasinerait-il une forte haine à l’encontre d’Israël pour le restant de sa vie ? Quant à la jeunesse israélienne, il faut savoir qu’elle manifeste toutes les semaines contre un gouvernement bien décidé à être le plus à droite de toute l’histoire d’Israël.

Le seul et l’unique espoir d’une paix passe par l’éducation, par le pardon, par la compassion et par la détermination. De Gaulle n’a-t-il pas eu l’immense courage de la réconciliation franco-allemande ? Sans les citer, je veux rendre hommage à tous ces médecins palestiniens, égyptiens, israéliens, à ces associatifs qui, de New-York en passant par Sydney, Tel-Aviv ou Paris donnent le plus clair d’eux-mêmes pour les autres. Un enfant n’a pas de nationalité ni de religion, son sourire qui vaut tous les passeports du monde.

La petite Wateen, bientôt hospitalisée à Paris dans le service du Pr. Élie Fadel de l'hôpital Marie-Lannelongue.

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