■ Michel Dray.
Montaigne aimait à dire qu’il n’enseignait pas, mais racontait. Avec sa « chronique terrienne », Michel Dray, en sa qualité d’historien, raconte « son » époque, avec humour et parfois avec dérision.
Aujourd’hui : « Trump, Poutine, Jinping : la guerre des Trois aura-t-elle lieu ? ».
Pour sûr 2026 a démarré au quart de tour. Ce triste sire de Nicolàs Maduro, enlevé en pleine nuit par l’armée américaine pour être traîné devant les tribunaux pour narco-terrorisme, n’a eu au fond que ce qu’il méritait. Du coup, les chaînes d’information continue du monde entier ne cessent de repasser en boucle, cette photo d’un Maduro, yeux bandés et menotté, en route pour une prison américaine. Puis, comme une sorte de point d’orgue, il y a eu cette conférence de presse aux allures toutes trumpiennes au cours de laquelle plus aucun doute ne pouvait subsister quant aux arrière-pensées du P-DG de la Maison Blanche : « désormais, nous sommes aux commandes » a déclaré Trump plaçant de fait les immenses réserves pétrolières en coupe réglée sous la surveillance des grandes compagnies américaines le temps que Washington jugera nécessaire. Netflix peut se faire du mouron : Trump est en train de nous servir une super série américaine, et qui, — sans supplément d’abonnement s’il vous plaît ! —, va nous tenir pas mal de temps en haleine.
Exit Maduro !
Personne ne va pleurer sur le sort de ce Maduro dont le nez a toujours été un peu trop dans la « farine », il ressemble même à s’y méprendre au général Alcazar dans Tintin et l’Oreille cassée. Et si Maduro a, comme Alcazar la moustache tombante, la dictature dans le sang et le trafic d’armes comme loisirs, il n’est pas un personnage de bande dessinée, mais un bandit de grand chemin. Mais si les Vénézuéliens se sont félicités de sa chute, ils refusent dans leur immense majorité d’être sous protectorat américain. Quant à Maria Corina Machado, cheffe de l’opposition vénézuélienne, prix Nobel de la Paix 2025 et que Trump s’est vanté de l’avoir exfiltrée hors du Vénézuéla où elle vivait dans la clandestinité, elle doit déchanter. La chute du dictateur enfariné lui ouvrait tous les espoirs pour revenir à Caracas, mais Trump s’est fendu à son égard d’une déclaration on ne peut plus nette : « Maria Corina Machado n’a pas le soutien ni le respect pour diriger le Vénézuela », autrement dit « ce n’est pas la personne que je VEUX au pouvoir. Et pourtant Dieu sait s’il ne tarissait pas d’éloges sur elle !
Pauvre Maria Corina, elle aura bien été la seule à ne pas savoir que le « White House CEO » ne respecte rien ni personne.
Trump, un artiste de la diplomatie à géométrie variable
2025 s’est terminée avec le formidable vent de révolte en Iran contre le régime cacochyme des mollahs. 2026 voit se poursuivre ces manifestations qui nous bouleversent tant elles montrent une jeunesse qui brave un régime de terreur qui s’abat depuis près de cinquante ans sur toute l’antique Perse. Ce n’est pas la première grande révolte, elle suit bien d’autres que les ayatollahs ont réprimé dans le sang. Trump, dans son palais façon Disneyland de Maralago, n’a guère ménagé les maîtres de Téhéran, ajoutant « s’ils continuaient à agir ainsi, avec violence » les feux de l’enfer s’abattraient sur eux. Au jour d’aujourd’hui, on dénombre plus de trente morts par balle et le bilan risque fort de s’alourdir d’heure en heure. Et pourtant, Trump ne bouge pas. Pour comble de surréalisme il s’égosille sur le Groenland, lance moult imprécations contre Cuba, nous rappelle — au cas où on l’aurait oublié — que Maduro va passer en jugement. La vérité est plus cynique. Alors que Washington aurait pu faire tomber le régime iranien aussi sûrement qu’il a fait tomber Maduro, car il a entre les mains l’armée la plus puissante du monde, les Américains ont toujours joué le chaud et le froid avec Téhéran, démocrates comme républicains. On se souvient en juin dernier de la riposte israélienne en Iran contre les installations secrètes d’enrichissement d’uranium, aidée en cela des Américains et de leur high-tech militaire, avec d’ailleurs des résultats plutôt mitigés. Mieux, Washington a intimé l’ordre à Jérusalem d’arrêter les frais. Pour dire les chose comme je les ai toujours pensées, la chute de Khamenei avec l’éventualité d’un nouvel Iran, bouleverserait radicalement les forces géopolitiques dans la région autrement dit en un nouvel ordre fondé sur un axe Ryad - Abou-Dhabi - Jérusalem, renforçant ainsi des Accords d’Abraham avec l’apparition d’une énorme puissance économique régionale, avec comme corollaire une perte d’influence américaine, dès lors qu’elle verrait cet axe comme un concurrent économique direct eu égard à la combinaison de la haute technologie israélienne et des ressources énergétiques des pays du Golfe. Il faut ajouter que les Accords d’Abraham ne sont pas une invention de Donald Trump mais une idée déjà ancrée dans la tête d’Itsak Rabin de nouer des contacts avec les Émirats Arabes Unis, ce qui avait commencé à se profiler mais que l’assassinat de Rabin a tué dans l’oeuf. Les États-Unis ne sont pas pressés de voir se constituer un « nouveau monde moyen-oriental » La rivalité entre Ryad et Téhéran sert actuellement les intérêts américains. La chute des mollahs serait la fin du « diviser pour régner » La situation est telle au moment où j’écris ces lignes, que l’éventualité de la chute des mollahs n’est plus du domaine de la science fiction, peut-être une question de jours. Washington brille par un silence assourdissant sur cette chute inéluctable. Le peuple iranien a donné la preuve qu’il était courageux en étant maître de son destin alors que des centaines de jeunes sont déjà tombés.
L’ Histoire n’est pas une fille facile !
Pour l’instant, Trump, Poutine, Jinping se partagent le monde. Ils forment une sorte de tribu très particulière lié les uns les autres par l’image de la force. Ils sont au-dessus des lois parce que forts précisément. La Loi c’est eux ! Quant à l’Europe, plus que jamais elle est le ventre mou du monde, face à trois ogres qui, en toute logique, finiront forcément par s’entredévorer. L’histoire n’a jamais été le bottin mondain des bonnes intentions, c’est au contraire une fille qui déteste qu’on la trousse au coin d’un bois ; aussi se rebiffe-t-elle … et alors c’est la guerre.
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