Ebola : lorsque la confiance devient un remède

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Le seuil symbolique des mille morts vient d’être franchi.

Selon les derniers chiffres relayés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement la République démocratique du Congo et, dans une moindre mesure, l’Ouganda, a provoqué 1 001 décès et plus de 2 470 cas confirmés.

L’Ituri, au nord-est de la RDC, concentre à elle seule près de 90 % des cas recensés.

Les chiffres ont leur éloquence. Mais ils ont aussi leur limite.

Ebola n’est pas seulement une épidémie. C’est une tragédie humaine.

Derrière chaque statistique se trouvent un visage, une famille, une communauté frappée par la peur, le deuil et parfois l’isolement.

Dans les zones rurales de l’Ituri, où les infrastructures demeurent fragiles et où les déplacements de population compliquent considérablement la réponse sanitaire, la lutte contre le virus ne se joue pas uniquement dans les centres de traitement. Elle se joue au cœur même du lien social.

L’expérience de toutes les grandes crises sanitaires africaines l’a démontré. Lorsqu’une population doute, lorsqu’elle se méfie des autorités ou lorsqu’elle ne comprend pas le sens des mesures qui lui sont demandées, la maladie gagne du terrain.

À l’inverse, lorsque la confiance existe, la protection devient possible.

C’est précisément là qu’apparaissent les véritables héroïnes et héros de terrain.

Parmi eux figure une femme remarquable, Sa Majesté la Reine Alphonsine Kandé.

La singularité de son engagement mérite d’être soulignée.

Reine coutumière du Bajila Kapumbu, mais également professionnelle de santé, sur le terrain à Bunia, elle réunit deux formes d’autorité rarement associées dans une même personne : l’autorité traditionnelle et la compétence sanitaire.

Son action illustre une vérité souvent oubliée dans les approches strictement technocratiques de l’aide humanitaire : la confiance constitue parfois la première des infrastructures.

Dans les villages, auprès des femmes enceintes, des familles déplacées ou des soignants exposés aux risques de contamination, elle porte un message que les populations acceptent d’entendre parce qu’il émane d’une figure qu’elles respectent.

Elle ne se contente pas d’expliquer les gestes de prévention. Elle rétablit le dialogue entre la science et les communautés.

Cette dimension est essentielle, tout comme l’était autrefois celle de Saint Louis sur les écrouelles.

L’Europe observe naturellement avec inquiétude la progression de l’épidémie. Les gouvernements mobilisent leurs dispositifs d’alerte. Les organisations internationales accélèrent les essais thérapeutiques et les programmes de recherche.

Pourtant, aucune stratégie médicale ne peut réussir durablement si elle n’est pas relayée par des femmes et des hommes capables d’agir au plus près des réalités humaines.

À Bunia et dans les zones les plus touchées de l’Ituri, l’urgence ne consiste pas seulement à disposer de médicaments, de tests ou d’équipements de protection.

Elle consiste également à permettre aux équipes de terrain de rejoindre les populations déplacées, de former les soignants, de sensibiliser les familles et de restaurer les mécanismes de confiance qui conditionnent toute action sanitaire efficace.

C’est pourquoi le franchissement du seuil des mille morts ne doit pas seulement susciter l’émotion. Il doit provoquer la mobilisation.

L’aide internationale atteint souvent les territoires de crise sous la forme de grandes annonces institutionnelles. Ces annonces sont nécessaires. Mais l’efficacité humanitaire se mesure finalement dans des gestes concrets : un soignant protégé, une femme enceinte informée, un village atteint malgré l’insécurité, un malade pris en charge plus tôt, une famille convaincue de respecter les mesures de prévention.

L’action portée autour de la Reine Alphonsine Kandé ouvre précisément cette perspective.

Elle permet d’envisager une mobilisation nouvelle, fondée sur trois principes simples : proximité, traçabilité et efficacité.

Proximité, parce que les actions sont portées par des acteurs déjà présents sur le terrain.

Traçabilité, parce que chaque contribution doit pouvoir être reliée à un besoin identifiable.

Efficacité, parce que les ressources sont orientées vers des besoins immédiatement opérationnels : protection des équipes, logistique de terrain, sensibilisation communautaire, soutien aux structures sanitaires locales.

Le rôle que pourraient jouer les réseaux institutionnels, consulaires, associatifs et entrepreneuriaux européens mérite désormais d’être réfléchi autrement.

Les entreprises recherchent de plus en plus des engagements concrets et mesurables en matière de responsabilité sociétale. Les collectivités territoriales souhaitent donner un sens humain à leurs partenariats internationaux. Les citoyens eux-mêmes aspirent à savoir où va leur générosité et quels résultats concrets elle produit.

L’Ituri offre aujourd’hui un terrain où cette convergence devient possible.

L’histoire retiendra peut-être le nombre de victimes de cette épidémie. Mais elle retiendra surtout ceux qui auront agi avant qu’elle ne fasse davantage de morts.

Face à Ebola, la médecine demeure indispensable, la science demeure irremplaçable, mais l’une et l’autre ont besoin d’un allié souvent sous-estimé : la confiance.

Aussi, lorsqu’une reine, une sage-femme et une femme de terrain décident de mettre son autorité au service de la vie, cette confiance devient alors bien plus qu’un sentiment, elle devient un remède.



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